Pierre
Brunet, Chargé de communication au siège à
Paris, a effectué une mission de trois semaines en Afghanistan.
Il a pu, aux côtés des équipes de SOLIDARITES,
mesurer l'impact de l'action de l'association, et rencontrer les
bénéficiaires de celle-ci.
Said Hamid Husseini, représentant du village
de Sabzhill, au cœur des montagnes de la région centrale
du Hazaradjat, montre d'un geste large à la fois le chantier
et le village en contrebas, serré au fond d'une vallée
: " Avec le projet que nous terminons grâce à SOLIDARITES,
nous allons pour la première fois dans l'histoire du village
avoir de l'eau potable toute l'année ; avant, elle gelait
en hiver, et il ne nous restait plus que la neige, et en été
elle était souillée ! ".
Les travailleurs, tous villageois, approuvent sous
le soleil qui les cuit sans pitié. Ils sont en train de finir
d'aménager la seule source disponible, afin de la protéger
du gel et de la pollution. Salim, le volontaire chargé de
superviser le projet, ajoute en prenant une photo pour le prochain
rapport : " quand les bénéficiaires sont les premiers
à vouloir que le chantier avance, comme ici, on sait tout
de suite que l'impact du programme sera très important ;
d'ailleurs, depuis le début du chantier, le village, qui
comptait 60 familles, a vu 20 nouvelles familles revenir, dont certaines
étaient réfugiées en Iran ou au Pakistan ".
Permettre et accompagner le retour des centaines
de milliers d'Afghans dans les villages les plus isolés du
centre et du Nord de l'Afghanistan, c'est, après 20 années
d'action ininterrompue, souvent dans d'urgence, le défi actuel
de SOLIDARITES. Car rien n'est acquis, malgré la chute des
Talebans et l'avènement du Gouvernement de transition d'Amid
Karzaï soutenu par la communauté internationale. Les
conditions de vie des Afghans restent extrêmement rudes et
précaires, et c'est aux humanitaires de " faire la différence
".
La différence, pour les habitants des vallées
enclavées du Hazaradjat ou du Nord, c'est que, grâce
aux routes construites par SOLIDARITES, comme au col de Pasroya
ou dans les districts de Yakawalang, de Saighan, de Dar-I-Suf, Charkent,
Keshende, Sholgara ou Roy-Doab, les camions Kamaz tout terrain peuvent
passer toute l'année, apportant l'aide et la vie. Et quand
les neiges menacent de bloquer l'accès au plus dur de l'hiver,
SOLIDARITES, comme pendant l'hiver 2002-2003, mobilise des centaines
de travailleurs journaliers et des camions bulldozers pour maintenir
les routes ouvertes.
Il suffit d'écouter le récit d'un
habitant de Yakawolang ou de la plaine de Shaman qui vous explique
que " avant les gens étaient bloqués, sans soins,
sans approvisionnement, tout l'hiver ; certains essayaient de passer
les cols à pieds, mais le froid et les loups les tuaient
" pour comprendre que plus rien ne sera comme avant pour ces familles.
Les familles des villages de Jaro Khashan, dans le Hazardjat, ou
de Moshak, dans le district de Dar-I-Suf au Nord du Pays, peuvent
également témoigner. Même si les habitants du
premier sont Hazaras, et ceux du second Ouzbèkes, c'est la
même histoire qu'ils racontent : le passage des Talibans,
les maisons de pisé brûlées et détruites,
le bétail abattu..
La fuite des villageois à Kaboul, en Iran ou au Pakistan.
Quelques hommes qui restent courageusement sur les hauteurs pour
veiller sur les ruines… Et puis, un jour, une équipe de SOLIDARITES
qui prend contact et annonce que l'association s'engage à
fournir aux habitants le matériel nécessaire à
la reconstruction des maisons. La nouvelle rejoint vite, au-delà
des frontières, les camps de réfugiés, et les
chefs de famille reviennent pour s'inscrire sur la liste des bénéficiaires.
Chacun d'eux reçoit une porte, des poutres, des fenêtres,
des outils, un sac de haricots, du sucre, de l'huile et 50 dollars
pour redémarrer. Aujourd'hui, 40 familles vivent sous leur
toit à Jaro Kashan, et 46 à Moshak.
Comme le résume Said Muhammad, représentant
de Jaro Kashan : " sans ce projet, nous n'aurions jamais pu revenir,
reconstruire seuls les maisons et reprendre une activité
; les gens sont tout simplement trop pauvres ". Pour une population
à 85 % paysanne, et lourdement endettée par quatre
années consécutives de sécheresse, la seule
richesse, c'est la terre, qui fournit le blé, et le bétail
(vaches, moutons, chèvres). Alors, quand on ouvre les routes
et que l'on reconstruit les maisons, on doit aussi, parallèlement,
optimiser l'irrigation des terres en construisant des canaux, des
barrages, des aménagements de cours d'eau, et des réservoirs.
C'est ce que fait SOLIDARITES au centre et au Nord du pays. Car
revenir chez soi n'est rien si on n'a pas les moyens d'y faire vivre
sa famille.
C'est cette capacité que Sylvain, agronome
de SOLIDARITES à Bamyan, dans le Hazaradjat, cherche à
développer avec une équipe afghane motivée
et compétente : " grâce à nos fermes de reproduction
animalière, nos équipes itinérantes de vétérinaires,
nos cours de formation aux éleveurs et paysans, nos distributions
de semences améliorées de blé, c'est l'autosuffisance
alimentaire à long terme, ce sont les réserves des
prochains hivers que nous construisons ". C'est aussi une action
humanitaire engagée il y plus de 20 ans qui continue…
|