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Afghanistan  >  Situation humanitaireAction en 2007- 08 ActualitéTémoignages Historique

Entretien avec Pierre Brunet

 

Pierre Brunet, Chargé de communication au siège à Paris, a effectué une mission de trois semaines en Afghanistan. Il a pu, aux côtés des équipes de SOLIDARITES, mesurer l'impact de l'action de l'association, et rencontrer les bénéficiaires de celle-ci.

Said Hamid Husseini, représentant du village de Sabzhill, au cœur des montagnes de la région centrale du Hazaradjat, montre d'un geste large à la fois le chantier et le village en contrebas, serré au fond d'une vallée : " Avec le projet que nous terminons grâce à SOLIDARITES, nous allons pour la première fois dans l'histoire du village avoir de l'eau potable toute l'année ; avant, elle gelait en hiver, et il ne nous restait plus que la neige, et en été elle était souillée ! ".

Les travailleurs, tous villageois, approuvent sous le soleil qui les cuit sans pitié. Ils sont en train de finir d'aménager la seule source disponible, afin de la protéger du gel et de la pollution. Salim, le volontaire chargé de superviser le projet, ajoute en prenant une photo pour le prochain rapport : " quand les bénéficiaires sont les premiers à vouloir que le chantier avance, comme ici, on sait tout de suite que l'impact du programme sera très important ; d'ailleurs, depuis le début du chantier, le village, qui comptait 60 familles, a vu 20 nouvelles familles revenir, dont certaines étaient réfugiées en Iran ou au Pakistan ".

Permettre et accompagner le retour des centaines de milliers d'Afghans dans les villages les plus isolés du centre et du Nord de l'Afghanistan, c'est, après 20 années d'action ininterrompue, souvent dans d'urgence, le défi actuel de SOLIDARITES. Car rien n'est acquis, malgré la chute des Talebans et l'avènement du Gouvernement de transition d'Amid Karzaï soutenu par la communauté internationale. Les conditions de vie des Afghans restent extrêmement rudes et précaires, et c'est aux humanitaires de " faire la différence ".

La différence, pour les habitants des vallées enclavées du Hazaradjat ou du Nord, c'est que, grâce aux routes construites par SOLIDARITES, comme au col de Pasroya ou dans les districts de Yakawalang, de Saighan, de Dar-I-Suf, Charkent, Keshende, Sholgara ou Roy-Doab, les camions Kamaz tout terrain peuvent passer toute l'année, apportant l'aide et la vie. Et quand les neiges menacent de bloquer l'accès au plus dur de l'hiver, SOLIDARITES, comme pendant l'hiver 2002-2003, mobilise des centaines de travailleurs journaliers et des camions bulldozers pour maintenir les routes ouvertes.

Il suffit d'écouter le récit d'un habitant de Yakawolang ou de la plaine de Shaman qui vous explique que " avant les gens étaient bloqués, sans soins, sans approvisionnement, tout l'hiver ; certains essayaient de passer les cols à pieds, mais le froid et les loups les tuaient " pour comprendre que plus rien ne sera comme avant pour ces familles. Les familles des villages de Jaro Khashan, dans le Hazardjat, ou de Moshak, dans le district de Dar-I-Suf au Nord du Pays, peuvent également témoigner. Même si les habitants du premier sont Hazaras, et ceux du second Ouzbèkes, c'est la même histoire qu'ils racontent : le passage des Talibans, les maisons de pisé brûlées et détruites, le bétail abattu..

La fuite des villageois à Kaboul, en Iran ou au Pakistan. Quelques hommes qui restent courageusement sur les hauteurs pour veiller sur les ruines… Et puis, un jour, une équipe de SOLIDARITES qui prend contact et annonce que l'association s'engage à fournir aux habitants le matériel nécessaire à la reconstruction des maisons. La nouvelle rejoint vite, au-delà des frontières, les camps de réfugiés, et les chefs de famille reviennent pour s'inscrire sur la liste des bénéficiaires. Chacun d'eux reçoit une porte, des poutres, des fenêtres, des outils, un sac de haricots, du sucre, de l'huile et 50 dollars pour redémarrer. Aujourd'hui, 40 familles vivent sous leur toit à Jaro Kashan, et 46 à Moshak.

Comme le résume Said Muhammad, représentant de Jaro Kashan : " sans ce projet, nous n'aurions jamais pu revenir, reconstruire seuls les maisons et reprendre une activité ; les gens sont tout simplement trop pauvres ". Pour une population à 85 % paysanne, et lourdement endettée par quatre années consécutives de sécheresse, la seule richesse, c'est la terre, qui fournit le blé, et le bétail (vaches, moutons, chèvres). Alors, quand on ouvre les routes et que l'on reconstruit les maisons, on doit aussi, parallèlement, optimiser l'irrigation des terres en construisant des canaux, des barrages, des aménagements de cours d'eau, et des réservoirs. C'est ce que fait SOLIDARITES au centre et au Nord du pays. Car revenir chez soi n'est rien si on n'a pas les moyens d'y faire vivre sa famille.

C'est cette capacité que Sylvain, agronome de SOLIDARITES à Bamyan, dans le Hazaradjat, cherche à développer avec une équipe afghane motivée et compétente : " grâce à nos fermes de reproduction animalière, nos équipes itinérantes de vétérinaires, nos cours de formation aux éleveurs et paysans, nos distributions de semences améliorées de blé, c'est l'autosuffisance alimentaire à long terme, ce sont les réserves des prochains hivers que nous construisons ". C'est aussi une action humanitaire engagée il y plus de 20 ans qui continue…

Crédit photos : AFP, Solidarités