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Sud Soudan   Situation humanitaireNotre action en 2008Témoignages

Témoignage Jehad Abu Hassan

Temoignage de Jehad Abu Hassan, Chef de mission au Sud Soudan

Peux-tu nous retracer ton parcours personnel, ton histoire…quand est né ton engagement humanitaire?

Essayons d'être concis et synthétique …Il faut dire que j'ai un parcours personnel plutôt atypique, je n'ai pas réellement choisi de travailler dans l'humanitaire, aussi étrange que cela puisse paraître, c'est arrivé comme ça, de façon spontanée!

Le plus simple pour comprendre serait de commencer par vous décrire mon enfance. Je suis né dans un camp de réfugiés à Gaza en Palestine, « Le camp de la plage »…on aurait dit le nom d'une station balnéaire ! Et pourtant des familles entières y vivent ou du moins survivent parfois même sur plusieurs générations… De toute façon à Gaza, il est difficile de différencier les villes des camps car tout ressemble à des camps, 75% de la population sont réfugiés…

Mon engagement humanitaire remonte à cette époque, c'est-à-dire dès mon enfance. Sur le camp, j'ai du apprendre très tôt à me débrouiller seul, à réaliser certaines choses par moi-même…En d'autres termes, je me suis pris en main.

J'ai donc débuté en tant que bénévole un peu naturellement, en aidant par exemple les ONG sur place à distribuer des rations alimentaires provenant généralement de l'UNRWA (Association Internationale d'Assistance des Nations Unies). Depuis cet engagement altruiste ne m'a pas quitté. J'ai orienté mes études dans la gestion de l'action humanitaire et j'ai réalisé la plupart de mes expériences professionnelles dans le secteur des ONG ou des institutions à vocation sociale.

A ce propos, quelle est ta formation universitaire et que faisais-tu avant de travailler avec SOLIDARITES ?

Malgré les difficultés à Gaza où certains sont contraints de travailler plutôt que suivre les études, j'ai eu la chance d'être scolarisé. Une fois mon baccalauréat obtenu, j'ai appris pendant deux ans le français au Centre Culturel Français en Palestine et je suis parti étudier en France grâce à l'obtention d'une bourse octroyée par le gouvernement français.

Arriver dans un pays comme la France lorsqu'on n'a connu que l'occupation et les camps de réfugiés, c'est un vrai choc, c'est comme une deuxième naissance. Il faut se créer de nouveaux repères, apprendre et s'adapter à une culture complètement différente, s'intégrer… Cela n'a pas toujours été facile, mais grâce à mes études (BTS Horticulture), j'ai pu rencontrer et créer des liens avec mes camarades de classe relativement vite …

J'ai continué de me former en enchaînant suite à mon BTS sur une licence et maitrise Langue Etrangère Appliquée et ensuite sur un double DESS entre 1998 et 2000 « Mutation structurelle et économie du développement » & « Intervention humanitaire, action du développement ». Lors de ces années d'études, j'ai réalisé plusieurs stages notamment un auprès d'une ONG française à Gaza, « Enfants Réfugiés du Monde » et un autre au sein de l'Institut Canaan de Pédagogie Nouvelle soutenu par les CEMEA (centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active).

Fraichement diplômé et ne sachant pas encore exactement ce que je voulais faire ni où je voulais le faire, j'ai réalisé plusieurs petits boulots en étant parallèlement bénévole pour les CEMEA. Mon projet professionnel s'affinait d'année en année et gagnait en maturité. Je savais désormais que je souhaitais travailler dans l'urgence humanitaire.

C'est environ à cette période (2001) que j'ai entendu parler de SOLIDARITES, par l'intermédiaire de Patrice Chataigner responsable du desk Urgence à Solidarités. Il recherchait une personne compétente pour évaluer la pertinence d'une ouverture de missions en PALESTINE.

Quand as-tu rejoins SOL et pour quelle position, était-ce pour l'ouverture d'une mission en Palestine ?

Pas du tout ! Certes lorsque j'ai découvert le travail de SOLIDARITES, ils parlaient d'ouvrir une mission en Palestine mais finalement on m'a recruté sur un autre poste !

Concrètement, j'ai rejoint l'équipe en Mai 2003 pour un poste de responsable des programmes « sécurité alimentaire » à Muramvya, au BURUNDI. Mon rôle consistait à gérer et organiser la distribution de denrées alimentaires et l'appui technique en lien direct avec les populations locales. (Appui aux groupements agricoles)

Cette mission fût prolongée, le poste et les responsabilités ont évolué et finalement je me suis vu confier l'ouverture d'une base opérationnelle, toujours au BURUNDI mais dans une autre région plus au nord,  à Cankuzo , d'où seront pilotés nos projets eau & assainissement et la sécurité alimentaire. Mes missions principales consistaient à consolider le programme sur le terrain, à coordonner nos actions avec les bailleurs et finalement à mettre en place les activités.

Une fois la mission terminée en 2005, SOLIDARITES m'a proposé un autre poste, au Sud Darfour, en tant que coordinateur régional. J'ai accepté et je suis resté sept mois avant d'être promu Directeur des programmes. Je tiens d'ailleurs à préciser que sur chaque poste que j'ai occupé au sein de SOLIDARITES, j'ai toujours pu évoluer dans mes fonctions.

Actuellement tu es chef de mission au sud Soudan, Malakal, peux-tu nous situer le contexte géopolitique lors de ton arrivée et les problématiques humanitaires qui en découlent ?

L'intervention de SOLIDARITES dans cette région répond aux besoins liés à la problématique humanitaire du retour des déplacés et réfugiés au Sud Soudan depuis la signature des accords de paix en janvier 2005 entre le Gouvernement de Khartoum et les rebelles du SPLM/A. En effet, au cours de deux décennies de guerre, 4 millions de Sud-Soudanais ont été déplacés et plus de 500 000 se sont réfugiés dans les pays voisins (Centrafrique, RDC, Ouganda, Kenya, Ethiopie).

La stabilisation du processus de paix a donc entrainé un processus de retour de la population déplacée. Malakal étant la capitale de l'état du Haut-Nil, elle fait face à une forte pression démographique qui vient aggraver les conditions sanitaires déplorables : les ressources de la ville sont faibles et surexploitées. Les crises alimentaires sont chroniques et les maladies hydriques en augmentation (taux de morbidité de 37% sur le nombre total de consultations).

Ce qui m'a le plus frappé lors de mon arrivée fût le manque évident d'eau potable, d'assainissement et d'hygiène. Le réseau urbain ne couvre que 60% des besoins de la populations, les autres (particulièrement les femmes et les enfants) sont obligés de parcourir plusieurs kilomètres quotidiennement jusqu'au Nil pour accéder à un point d'eau.

D'autre part, lors de notre arrivée sur Malakal, une crise sévère d'épidémie de diarrhée aqueuse s'est déclarée le 19 février 2007. En l'espace d'un mois, nous avons diagnostiqué 400 cas et répertorié 17 décès. C'est une vraie situation d'urgence à laquelle nous avons du répondre instantanément !

Outre l'intervention de SOLIDARITES en zone urbaine (Malakal), nous prévoyons également une mission dans l'Etat de Jonglei , dans le comté de Khorflus , situé à une trentaine de kilomètres au sud de Malakal. Le fait d'apporter une aide dans les zones rurales reculées et d'y accompagner la réintégration des personnes retournées participe à un allègement de la pression démographique de populations dans les centres urbains

Justement, face à la complexité et l'urgence de la situation, quelle a été l'action de Solidarites ?

Nos missions à Malakal se fondent sur trois axes :

Premièrement, une intervention d'urgence pour endiguer l'épidémie le plus vite possible et éviter ainsi son expansion. Pour ce faire, un processus de chloration des principaux points d'eau (exactement 14 points, le long du Nil) a été mis en œuvre, en un mois, la situation était relativement contrôlée et il n'y avait plus qu'un ou deux cas par semaine.

Ensuite sur du long terme, nous travaillons à favoriser l'accès à l'eau potable  via l'optimisation du réseau municipal existant et la rénovation d'une station de traitement d'eau. Nous voulons assurer également la distribution d'eau potable, quinze litres par jour et par personne dans les quartiers d'El Matar et El Luakat ciblant 10000 personnes.

Finalement, nous travaillons sur la promotion et l'éducation des familles à l'hygiène via la construction de 160 latrines familiales et 16 latrines collectives ciblant 2540 personnes. De plus, nous visons 1100 familles par la distribution de kits d'hygiène « Jerrycans, savon et moustiquaire ».

En ce qui concerne nos missions à Khorflus et Atar au nord de l'Etat de Jonglei , elles n'ont pas concrètement commencé. Cependant, voici les prévisions faites selon les priorités :

Il est également prévu de favoriser l'accès à l'eau potable en installant une station de traitement d'eau à Khorflus ciblant 4000 personnes. La construction de latrines familiales et publiques bénéficiera à au moins 2000 personnes. Une campagne de promotion à l'hygiène sera associée à ces activités.

Il faut rajouter notre intervention qui toucherait les deux états de Jonglei et le haut du Nil :

Nous allons réhabiliter une portion de la route qui relie Malakal à Nasser une ville limitrophe de la frontière Ethiopienne ce qui facilitera le trafic pour l'échange commercial et le retour spontané des réfugiés. Cette route est l'une des priorités pour les autorités locales, mais voilà, le gouvernement se mets en place très lentement et le manque de moyens est évident. La réhabilitation de toute la route bénéficiera à plus de 240.000 personnes.

Avez-vous déjà constaté l'impact des interventions de SOLIDARITES sur place ou est-ce encore trop tôt pour réellement évaluer la pertinence des actions entreprises?

En réalité, c'est un peu tôt pour mesurer l'impact de toutes nos activités, Solidarités a ouvert ses portes début mars 2007 seulement. Nous sommes déjà dans la saison des pluies qui nous empêche de construire les latrines. Néanmoins, nous avons réussi à construire trois latrines collectives dans une école pour retourner au quartier El Matar.

Il est clair par ailleurs que la campagne de chloration menée pendant un mois a joué un rôle important dans la diminution drastique de nombre de cas de Diarrhée aqueuse.

Travailler dans l'humanitaire, ca ne doit pas être simple tous les jours. Qu'est ce qui te pousse à continuer malgré le contexte professionnel difficile et les frustrations personnelles?

S'engager dans l'humanitaire est un vrai métier…mais c'est plus qu'un métier, on parle ici plus d'engagement que de recrutement. Il faut être conscient que pour travailler dans ce milieu il faut mettre sa vie personnelle de côté…

En ce qui me concerne, mon leitmotiv qui me pousse à continuer c'est le fait de se sentir utile, voir même d'être utile pour apporter un peu à d'autres qui n'ont rien et aider des personnes qui sans notre intervention mourraient faute d'avoir accès à des services de base tel que l'eau potable.

Ca peut paraître cliché mais sur le terrain, la spontanéité, l'innocence et l'insouciance des enfants… qui n'ont absolument rien mais qui sourient en permanence, c'est juste exceptionnel! D'autre part, l'ambiance agréable dans les équipes de SOLIDARITES, aide également à ne pas craquer, sur place c'est un peu comme une famille on se soutient mutuellement !

En revanche, les pires frustrations proviennent lors des retards de financements dans les situations d'urgence : être sur place, constater des désastres et devoir attendre que les lourdes procédures administratives se mettent en place, c'est complètement frustrant ! Malgré ces délais et les conditions de vie parfois austères, le but et la finalité de nos actions sont plus forts que tout le reste !!

Merci Jehad & bonne continuation à toute l'équipe sur place !!

Crédit photos : AFP, Solidarités | réalisé par kinetix