Darfour, l’extrême inquiétude
L'équipe de SOLIDARITES au Darfour, comme
celle d'autres organisations humanitaires internationales sur place,
doit faire face à une situation d'une extrême gravité.
L'accès de plus en plus difficile aux populations en danger,
et la multiplication des attaques délibérées
contre les civils et les travailleurs humanitaires, font craindre
le pire.
D'après
les Nations Unies, le nombre total de personnes touchées
par ce conflit est aujourd'hui de 4,2 millions, dont 2,4 millions
de déplacés. Les organisations humanitaires présentes
dans les zones les plus volatiles du Darfour (notamment le sud-Darfour)
doivent négocier en permanence avec les diverses parties
en présence (fragmentées en de très nombreux
petits groupes de combattants) afin de garantir leur accès
aux populations vulnérables. Parfois, comme à Shaeria
au Sud-Darfour, où des dizaines de milliers de civils ont
besoin d'aide, cet accès est refusé. Les conditions
de travail des 13 000 travailleurs humanitaires au Darfour, reflètent
la condition de plus en plus difficile des civils.
Malgré cette réalité alarmante, les volontaires
et Soudanais de notre équipe donnent le meilleur d'eux-mêmes
sans compter, pour secourir des êtres humains en danger, dans
des conditions éprouvantes : le 9 octobre 2007, un Soudanais
de notre équipe de Muhajeria a été tué
pendant l'attaque de la ville, alors qu'il travaillait à
un point d'eau aménagé par notre association.
Pourtant, nos équipes sur place restent coûte
que coûte engagées, aujourd'hui comme depuis trois
ans déjà, dans des programmes d'accès à
l'eau potable et à l'assainissement, d'aide alimentaire et
de soutien à l'agriculture, destinées à 110.000
personnes.
Mais l'engagement de nos équipes de terrain ne peut masquer
un constat : l'espace humanitaire au Darfour continue à se
réduire comme une peau de chagrin, préparant les conditions
d'une crise humanitaire. La question qui se pose de plus en plus
est donc celle de la possibilité, ou non, de poursuivre notre
action dans certaines régions du Darfour, là où
celle-ci est vitale à des centaines de milliers de personnes,
pour la plupart ayant fui des violences (attaques de villages pillés
et brûlés, exactions, viols). Les Nations Unies ont
indiqué que le nombre total de personnes déplacées
pour l’année 2007 est d'environ 280 000. Il
s’agit alors de porter secours à des populations vulnérables
qui parfois, et pour certaines, se dispersent et se regroupent pour
tenter d'échapper aux exactions, et ce sur un territoire
grand comme la France et dénué d'infrastructures.
Les attaques massives, organisées, perpétrées
de plus en plus régulièrement contre les sites accueillant
des déplacés, ainsi que les difficultés que
rencontre l'UNAMID (force hybride de maintien de la paix ONU-Union
Africaine au Darfour) à se mettre en place avec les moyens
humaines et logistiques nécessaires à sa mission,
ne font que renforcer cette extrême inquiétude. |