A Seleah, au Darfour, 25000
âmes partagent l'eau de deux puits
Témoignage de Tugdual de Dieuleveult
et Christophe Martins - 27/03/2008
(De
Seleah, Soudan) Du sable, 40°C à l’ombre,
une chaleur sèche, brulante et une voie de chemin de fer.
Seleah est un village perdu au milieu du Darfour. On y dénombre
une population de plus de 25000 personnes. A la base, ce village
soudanais ne comptait que 4 000 âmes. Si les 20 000 nouveaux
arrivants ont fui les exactions, ils se sont aussi massés
à Seleah car on y trouve de l’eau. Dans cette ville
sale, faite de paille et de bâches en plastique, il n'y a
que deux forages. L’un est géré par le gouvernement,
l’autre par SOLIDARITES. Nous sommes la seule ONG présente
en permanence à Seleah. Il y a deux ans, nous avons construit
le second forage de la ville.
Deux forages, c’est bien, encore faut-il avoir une bonne
place dans les longues files d’attente pour espérer
puiser l’eau dont la famille aura besoin dans la journée.
Dans le cas contraire, on ne peut se permettre d’attendre
deux jours. Il faut alors prendre son courage à deux mains,
son âne et partir sur des chemins peu sûrs pour près
de six heures de marche aller-retour au puits le plus proche. Survient
alors le deuxième problème, plus économique
celui-ci. Perdre six heures chaque jour pour trouver à boire
ne permet pas de développer quoi que ce soit. Comment tenir
un commerce, cultiver quelques légumes ou faire du négoce
quand on perd tout son temps à chercher de l’eau?
La gestion équitable de SOLIDARITES
Pour remédier à ce problème de temps d’attente,
notre association a mis en place une gestion propre et claire du
forage qu’elle entretient en partenariat avec la communauté
locale. Si la file d’attente est trop longue, les femmes –car
ce sont elles qui s’occupent de l’eau– peuvent
aller s’inscrire auprès des gardiens du forage. Elles
leurs indiquent leur nom et laissent sur place leurs jerricanes
(offerts par l’Unicef). Ainsi, elles peuvent repartir s’occuper
l’esprit libre et revenir à l’heure de la prochaine
distribution. Cette initiative semble simple et pourtant…
Au-delà de l’accès à l’eau, nous
mettons en place des sessions d’éducation à
l’hygiène: lavage des mains, construction de latrines,
couverture des denrées, etc… Au forage, SOLIDARITES
tente de prévenir les risques de contamination par une méthode
simple. On ne peut aller se ravitailler en eau sans avoir au préalable
nettoyé les mousses stagnantes à l’intérieur
des bidons. Quelques caillasses, de l’huile de coude et l’on
secoue. Stratégie simpliste et pourtant indispensable. A
notre forage, on paye au mois. Un dollar pour quelques bidons chaque
jour. Cette gestion nous permet de venir en aide à plus de
500 familles sans discrimination. "Riches" ou "pauvres"
sont traités de la même manière.
15 litres par jour par famille
Quand on s’attarde sur les chiffres, ils sont effrayants.
Les familles de Seleah ne disposent que de 15 litres d’eau
par jour. 15 litres, c’est très peu pour boire, se
laver, cuisiner et entretenir un potager. Quinze litres pour une
famille d’au moins quatre personnes. La consommation d'une
famille de quatre personnes en France s’élève
à plus de 350 litres par jour. Vingt fois celle d’une
famille de Seleah.
Il ne s’agit pas de se sentir coupable d’utiliser de
l’eau. Il faut juste ne pas oublier, savoir qu’ailleurs
la situation est différente et parfois désastreuse.
Il y a un an sortait sur les écrans "Si le vent soulève
les sables", un film franco-belge sur la situation de ces familles
africaine contraintes de quitter leurs villages où l’eau
se fait trop rare. Un exode dramatique à travers des pays
en guerre, où chaque pas amène son lot de souffrance
: meurtres, enrôlements… et l’eau, l’eau
qui manque toujours autant..
L’Afrique et son problème d’eau paraissent loin.
Et pourtant, déjà, en Espagne et dans le sud de la
France, les nappes s’assèchent, la désertification
avance et la pluie se fait plus rare d’année en année.
Chaque goutte d’eau compte.
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