Témoignage
de Gisèle Sikumbili
Gisèle Sikumbili est née en 1979 à
Kisangani en RD Congo. Après des études de sciences
politiques, elle a choisi de suivre une vocation d’humanitaire
de terrain. En effet, ayant vécu de 2004 à fin septembre
2006 dans le quartier de Matonge à Beni, au Nord-Kivu en
RD Congo, elle sait ce qu’est l’urgence humanitaire,
et particulièrement celle de l’eau insalubre. Elle
témoigne pour nous :
Comment les habitants de Beni faisaient-ils, avant la mise en place
en 2005 du nouveau réseau d’adduction d’eau potable
de la ville par SOLIDARITES ?
Avant
le nouveau réseau, nous étions obligés de parcourir
de longues distances pour trouver de l’eau. Nous sortions
de nos quartiers pour nous rendre sur les rives des rivières
en lisière de la ville, pour aller faire la lessive sur place.
Pour boire ou faire la cuisine, il y avait dans la ville quelques
sources ou points d’eau non aménagés, avec juste
un tuyau posé sur un petit bloc de béton. Ces points
d’eau étaient loin (entre 3 et 4 km de distance) et
il fallait toujours faire la queue et attendre minimum 3 heures.
Le débit de l’eau était insuffisant, souvent
au goutte à goutte, ce qui entraînait une interminable
attente pour ramener finalement un jerrican et un seau. Moi, je
faisais bouillir cette eau avant de la consommer, car nous n’étions
jamais sûrs qu’elle soit vraiment potable. Dans certaines
parcelles de nos quartiers, on pouvait aussi puiser une eau qui
était visiblement insalubre : de couleur rougeâtre
et terreuse, on ne s’en servait que pour faire le ménage.
Quelles étaient les conséquences sur la santé
?
Autour de moi, j’ai vu beaucoup de gens, surtout des enfants,
attraper des amibes et d’autres maladies à cause de
cette eau.
Cette situation entraînait-elle d’autres problèmes
?
Oui, le fait de devoir aller chercher de l’eau loin faisait
que les petites filles, qui sont en général en charge
de la corvée d’eau, n’avaient pas toujours le
temps de faire leurs devoirs, et je me souviens même qu’en
période de sécheresse, comme il fallait aller trouver
de l’eau encore plus loin, nous arrivions en retard à
l’école.
Comment gériez-vous ce problème permanent de l’accès
à l’eau ?
En utilisant l’eau avec une grande modération : nous
calculions au plus juste et préparions à l’avance
les quantités d’eau dont nous avions besoin pour boire,
faire la cuisine, se laver, etc. Et souvent nous réutilisions
l’eau. Quand je suis arrivée en France, pouvoir tourner
un robinet pour avoir de l’eau courante en permanence, prendre
un bain d’eau chaude comme ça, sans épuiser
du charbon pour faire chauffer l’eau, cela m’a paru
pour ici une facilité naturelle, alors que je me souviens
qu’à Beni, avant que SOLIDARITES ne mette en place
le nouveau réseau d’adduction d’eau, l’organisme
semi-public en charge là-bas de la distribution, la REGIDESO,
n’était en mesure que de fournir par le robinet aux
quelques familles qui avaient les moyens de payer que deux heures
d’eau par semaine, et cette eau était de qualité
moyenne !
La
mise en place de ce nouveau réseau par SOLIDARITES inauguré
en octobre 2005 a-t-elle changé la vie des habitants de Beni
?
Ca a changé la vie, et ça a changé la ville
! D’abord rappelons quel était l’ampleur de ce
projet : SOLIDARITES a lancé en octobre 2003 le projet d’adduction
d’eau potable de la ville de Béni (270 000 habitants),
dont la croissance s’est accélérée depuis
1998 en raison de l’affluence des populations déplacées.
Le projet comprend 5 captages de rivières dans les collines,
une adduction principale d’environ 10 km, une station de potabilisation,
des réservoirs de stockage, 50 km de réseaux de distribution
en ville avec 40 passages de rivières et 84 grandes bornes
fontaines.
Les progrès ont été très importants
du point de vue de la santé des habitants et de l’emploi
du temps des familles, surtout. Quand les premières gouttes
d’eau ont commencé à jaillir des premières
grandes bornes fontaines dans la ville, les gens ont crié
et fait la fête ; c’était une explosion de joie.
Il faut dire que quand le projet a commencé, beaucoup de
gens n’y croyaient pas, ne pensaient pas que c’était
possible. Et la joie de voir l’eau potable couler des bornes
fontaines était aussi une récompense, car c’était
le résultat d’un dur labeur : les populations locales
ont beaucoup participé aux travaux, il y avait des trous
creusés partout dans la ville, et ce n’était
pas pour rien !
Gisèle Sikumbili se trouve actuellement en France.
Les journalistes désireux de la rencontrer peuvent prendre
contact avec Sophie Ghaleb : O1.80.21.O5.61 - direction@solidarites.org
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