Entretien avec Brice Lebegue
Brice Lebegue, ancien responsable terrain en eau et assainissement à Kabimba, territoire du Katanga, en République Démocratique du Congo, nous a accordé un entretien de retour de mission.
Quel a été ton parcours avant de rejoindre les équipes de SOLIDARITES ?
Après avoir obtenu mon BTS en gestion et maitrise de l'eau, j'ai travaillé pendant 4 ans dans un groupement de communes (travaux dans le bâtiment, l'eau, les espaces verts). J'ai ensuite réalisé un stage dans l'Agence de l'Eau Seine-Normandie, et ai travaillé pendant 2 ans chez Veolia.
L'Agence de l'Eau Seine-Normandie étant partenaire de SOLIDARITES, c'est elle qui m'a permis de connaître et m'orienter vers SOLIDARITES. J'ai été engagé en tant que volontaire à la fin de l'année 2007 pour ma première mission humanitaire.
Peux-tu nous expliquer l'objectif et le fonctionnement de cette mission à Kalemie ? Le territoire de Kalemie, situé en bordure du lac Tanganyika, est le foyer du choléra en RDCongo. La mission consiste donc à lutter contre cette maladie par l'amélioration de l'accès à l'eau potable et des conditions d'hygiène pour la population. Ce programme est divisé en trois volets : l'accès à l'eau potable par la construction et l'aménagement de points d'eau, l'assainissement par la construction de latrines et la sensibilisation à l'hygiène.
SOLIDARITES intervient dans la ville même de Kalemie et dans les villages situés au nord et au sud. Notre base principale se situe à Kalemie. Il existe également deux sous-bases, une situé au nord de Kalemie, une située au sud.
En charge de la réalisation du programme sur la partie nord, je me trouvais la plupart du temps sur la sous-base nord, à Kabimba.
Quelle était la situation lors de ton arrivée ? Sur la partie nord du programme, la plupart de la population n'avait encore jamais vu d'humanitaires. Il n'existait aucun point d'approvisionnement en eau potable aménagé, quelques latrines étaient construites mais pas en quantité suffisante pour tout le monde et les conditions d'hygiène étaient très mauvaises (désastreuses).
Tu es resté 9 mois à Kalemie, quels changements as-tu observés ? Au niveau de l'eau et l'assainissement, SOLIDARITES a permis de construire 18 bornes fontaines à Kalemie, 75 puits ou points d'eau dans les villages aux alentours, et environ 1315 latrines familiales.
Pour la sensibilisation à l'hygiène, des réunions ont été organisées afin d'expliquer le fonctionnement des points d'eau à la population, les règles d'hygiène à appliquer (se laver les mains, les récipients…). Tout ceci dans le but d'éviter de contracter ou de transmettre le choléra.
Peux-tu nous décrire une journée type sur le terrain?
Je passais les 3/4 du temps sur la sous-base de Kabimba et 1/4 du temps sur la base de Kalemie.
Lorsque j'étais à Kabimba, je m'occupais de la mise en œuvre et du suivi du programme, de la logistique, de l'administration. J'étais constamment en relation avec la base de Kalemie pour discuter de l'avancée du programme. J'échangeais avec les autorités locales et réglais les petits problèmes de fonctionnement. Avant de partir sur le terrain, il fallait préparer le chargement du matériel sur le bateau, seul moyen de transport pour accéder aux villages. En général, je faisais 2 jours sur la sous-base de Kabimba et 10 jours sur le terrain pour les travaux.
Ces 10 jours me permettaient d'être en contact direct avec les bénéficiaires, de réévaluer leurs besoins, et de visiter les chantiers pour m'assurer de l'avancement des travaux. J'étais entouré de 3 superviseurs de chantiers, de 3 sensibilisateurs, d'un assistant magasinier logistique et d'une équipe de 5 gardiens.
As-tu rencontré des problèmes sur la mission ? Le plus gros problème que nous avons rencontré se situe surtout au niveau logistique. Pour acheminer le matériel nécessaire à la construction de latrines ou de points d'eau, il fallait le faire par bateau sur le lac Tanganyika, car il n'y a aucun moyen d'accéder aux populations par voie terrestre. Malheureusement, le lac étant souvent agité, il fallait laisser le bateau à quai ce qui retardait les travaux de construction.

D'un point de vue plus personnel, comment s'est déroulé ta mission ?
Pour ma première mission, je suis très content. Mais j'ai ramené de celle-ci la conscience des immenses besoins de la population de la région. Celle-ci fait face à de nombreux autres problèmes : pas de soins de santé, pas d'écoles, pas d'orphelinats. Il y a un énorme manque humanitaire sur cette région nord.
Nos équipes ont découvert, un jour, un village à une heure de marche de Kalemie. Personne ne connaissait l'existence de ce village où les habitants n'ont absolument rien. Je trouve que cette anecdote illustre bien ce manque d'assistance humanitaire,
Et maintenant, que comptes-tu faire ? Je repars dans quelques jours à Goma, au Nord-Kivu, toujours en République démocratique du Congo. C'est un programme de RRM (Mécanisme de Réponse Rapide), je pars en tant que responsable terrain en eau et assainissement pour 4 à 6 mois.
Témoignage receuilli en septembre 2008 |