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Entretien avec Jérôme Mabingu Mambo


Interview de Jérôme Mabingu Mambo, chef d'usine, Régie des Eaux de Béni , RD Congo en Août 2007

Quels sont les principaux problèmes en alimentation en eau de la ville de Béni ?

La population n'a pas accès à suffisamment d'eau. La production actuelle de l'usine est irrégulière et pas suffisante. Elle fonctionne quelques jours par semaine, quelques heures par jour. Plus de 90 % des familles s'approvisionnent donc exclusivement dans les rivières souvent polluées, ou à des sources et des puits parfois très éloignés.

 

Comment se passe actuellement l'approvisionnement en eau pour les habitants de Béni ?

Nous sommes en saison sèche et l'eau manque pour les 176 000 habitants. Les femmes partent tôt…elles commencent à 2h du matin. Il y a souvent la queue au puit ou à la source. Elle ramène sur le dos des bidons de 20 litres pendant 5 à 6 kilomètres. C'est un dur travaille pour avoir de l'eau propre pour sa famille dans une zone urbaine ou l'eau de rivière est polluée car la densité de la population est trop importante.

 

Que pensent les habitants du projet actuellement en cours de réalisation par Solidarités afin d'apporter de l'eau potable pour tous ?

Cela n'est plus un rêve, deux captages ont été faits, un à Biautu l'autre à Matepe. Le chantier de la station de traitement est déjà bien commencé. Quand on dit aux gens que cela va permettre d'avoir de l'eau 24 heures sur 24, ils croient que vous plaisantez. C'est du jamais vu ici. Tout le monde attend cette eau propre à bras ouvert. On a soif de cette eau là.

 

Est-ce que la population comprend pourquoi il va falloir à chaque borne fontaine participer au financement de l'eau ?

Nous sommes en train de sensibiliser la population par la radio, la télévision, lapresse et avec des sketchs dans les écoles. Pour chaque borne fontaine un comité de gestion sera formé et en charge d'informer et sensibiliser la population sur l'utilisation de cette eau, la maintenance de l'exploitation. Grâce à Solidarités et l'Union Européenne on nous a offert ces installations ; à nous maintenant d'en garantir l'exploitation et la maintenance. Le prix va être lié au faible pouvoir d'achat de la population. Nous devons faire comprendre à tous que le prix de l'eau est lié à un service rendu. Pour l'entretien on doit acheter des matériaux et produits et des gens doivent travailler, donc il faut de l'argent pour payer tout cela. Ces installations captages et usines de traitement, c'est notre patrimoine et chacun doit participer à sa maintenance.

 

Que va changer cet accès à l'eau potable pour les familles ?

C'est un véritable soulagement de ne pas se lever à 2h du matin et faire jusqu'à 6 kms en portant un bidon de 20 litres d'eau sur le dos. Les mamans qui sont en charge de l'approvisionnement en eau pourront passer plus de temps au champ. Plus de temps pour cultiver, plus de nourriture à manger et surtout plus de revenu pour la famille.

 

A ce stade du projet, que pensez-vous de sa finalisation ?

Tout à très bien démarré et tout va dans le bon sens cartoute la population est concernée. Tout le monde se sent impliqué : les intellectuels, chefs d'entreprises, hommes d'affaires, clergé, pasteur…tout le monde attend cette eau et est prêt à donner un coup de main à la région. Pour la pose de la première pierre de la station de traitement, nous avons même eu la visite du Ministre de l'Economie qui va parler de ce projet au Conseil des Ministres. On espère qu'il n'y aura pas de blocage pour arriver à la fin de ce projet et voir couler les 84 bornes fontaines. Dieu soit avec nous et d'ailleurs il est déjà avec nous car les choses évoluent bien.

 

Que souhaitez vous dire d'autre sur ce projet ?

Je remercie Solidarités car vous avez réussi à trouver le financement et les compétences pour ce projet qui va changer nos vies et en plus vous avez créé beaucoup de travail ici en embauchant des d'employés locaux. Après ce projet, nous souhaiterions que vous nous aidiez à réaliser d'autres projets. Par exemple les routes. Après 10 ans de guerre, les routes sont devenues impraticables. Sans route pas d'activité économique. Ici le sol, la terre est très riche et nous pourrions cultiver. Sans routes, il n'y a pas d'écoulement possible pour les vivres. Le Rwanda et le Burundi, nos pays voisins sont plus prospères car ils ont des routes. Nous sommes en processus de pacification alors il faut tout faire pour que l'économie démarre.

Crédit photos : AFP, Solidarités | réalisé par kinetix