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Inondations au Pakistan : les défis d'aujourd'hui

Quatre mois après le début des inondations au Pakistan, les populations affectées sont encore en situation d'urgence. Le retour aux villages n'est toujours pas possible pour un grand nombre de déplacés, et lorsque ceux-ci retournent chez eux, les conditions de vie sont telles qu’elles rendent la reconstruction difficile, voire impossible sans aide extérieure.

L’intervention d’urgence

Les zones d’intervention de Solidarités International couvrent un territoire approximativement grand comme  la Corse en longueur et largeur. Mi-août, une brèche dans une digue de protection au nord de la ville de Sukkur, où se situe un barrage crucial¹, a inondé ce territoire, avec pour corollaire le déplacement de plus de deux millions de personnes au Nord Sindh.

Depuis début septembre, après avoir évalué différentes zones affectées, Solidarités International a choisi d’apporter une aide d’urgence en deux temps, avec le soutien de la Commission Européenne, de la Coopération Suisse et de la Fondation Veolia:

- tout d’abord une aide aux personnes déplacées, dans les camps,
- puis, dès que possible, une assistance au retour pour soutenir les communautés dans la phase de reconstruction.

La réponse aux besoins est donc rendue complexe par la simultanéité de la phase d’aide dans les camps et de celle de l’assistance au retour, dont les mécanismes sont plus orientés vers la consultation et l’implication communautaire à la reconstruction de leurs moyens de subsistance.

Le bilan de Solidarités International, à ce jour, est à l’image des besoins énormes des populations: environ 61,000 personnes ont reçu de l’eau potable à travers l’installation de stations de traitement en urgence et de transport d’eau par camion-citerne, 58,000 personnes ont reçu un total de 8,350 kits d’hygiène dans les camps et déjà, 28 villages où les populations commencent à retourner, pour un total de 46,000 personnes, sont maintenant soutenus par nos équipes.

Pour autant, qu’en est-il des besoins réels aujourd’hui et de demain ? Comment ces zones complexes, inféodées aux propriétaires terriens, sans autres ressources qu’une agriculture touchée de plein fouet par ces inondations, se relèvera-t-elle ?

La situation d’aujourd’hui, les risques de demain

Aujourd’hui encore, environ 875 000² personnes sont déplacées. Nos équipes de terrain témoignent de la persistance de 90 à 120 centimètres de hauteur d’eau sur de larges étendues jadis cultivées, eau dans laquelle se reflètent les quelques constructions de briques de terre qui ont survécu. Comme souvent, l’impact de l’aléa climatique a été décuplé par la vulnérabilité des infrastructures face aux flots extraordinaires. Des villages se sont transformés en îles et nous intervenons au moyen de barques pour leur apporter de l’eau potable et du matériel d’hygiène et d’assainissement.

Les dangers sanitaires: l’urgence commence maintenant, c’est ce que l’on entendait dire par de nombreux travailleurs humanitaires, il y a moins d’un mois, au moment où les premiers retours étaient enregistrés dans le nord de la province du Sindh. Pourquoi ?

Pour deux raisons essentiellement:

  • L’aide était jusque là plus facile car restreinte aux camps ou sites spontanés de regroupement :

Cela facilitait l’enregistrement des familles pour les distributions et la sensibilisation aux comportements hygiéniques adaptés en urgence, mais aussi pour la distribution d’eau potable par camion-citerne.

  • Les habitudes et pratiques d’hygiène n’ont pas changé, mais l’environnement, les capacités économiques et les priorités des familles ont été modifiés.

Au travers de groupes de discussions, les besoins prioritaires énumérés par les familles sont clairs : abris (tentes et couvertures), nourriture et matériels pour stocker l’eau.

Les familles ont le souci premier de se nourrir et de se protéger des intempéries et, d’une certaine manière, cela contribue grandement à améliorer leurs conditions sanitaires. Mais après cela, leur priorité est la reprise d’une vie normale, c’est à dire de reprendre leurs activités de production afin de générer suffisamment de revenus pour vivre.

Dans le cas présent, les dépenses pour l’eau potable et l’assainissement seront sans doute placées derrière les autres, pour la simple raison que les connaissances et les habitudes n’ont pas changé. Or, les entretiens réalisés avec les communautés montrent que la connaissance du lien entre les maladies d’origine hydrique, l’assainissement environnemental (gestion des excrétas, des déchets, drainage des eaux usées et stagnantes) et les pratiques d’hygiènes (lavage des mains, protection de l’eau potable et de la nourriture) est faible. Cela générait un risque sanitaire modéré, contrôlable avant les inondations, mais celles-ci ont modifié l’environnement immédiat et affecté les capacités des familles.

De nombreuses familles vivent maintenant sous un bout de bâche, défèquent à même le sol à proximité de l’eau qui encercle les habitations, consomment cette même eau sans traitement préalable. Elles n’ont plus les moyens³ d’acheter du savon, sans compter un accès limité à la nourriture, à cela cumulée l’incapacité actuelle d’acheter des médicaments et d’accéder aux services de santé. Dans cette situation, les acteurs de l’hygiène et de l’assainissement doivent sensibiliser les familles à amender, au moins temporairement, leur comportement, qui ne sont pas adaptés à la situation extraordinaire qu’elles vivent aujourd’hui. Cela doit se faire via des messages clairs, simples et rapides qui visent une protection immédiate des familles face aux maladies d’origine hydrique.

Le contexte accroit le risque sanitaire’urgence est en effet là, et les symptômes s’accumulent: augmentation du nombre de cas de diarrhées, maladies de la peau et infection oculaires, hépatites, malnutrition⁴.

En conclusion, une aide encore nécessaire

Dans une telle situation, notre stratégie est bien de palier temporairement au manque de capacités des communautés pour la reconstruction immédiate des infrastructures sanitaires de base, afin de réduire l’impact potentiel des maladies liées à l’eau, dont certaines, comme le choléra⁵, peuvent avoir des effets dramatiques. Nous sommes en effet conscients que les personnes affectées ont eu, avant les inondations, les moyens de creuser des forages superficiels, d’installer des pompes manuelles, de construire ou de participer à la construction de latrines, mais cela s’est fait avec des délais que l’urgence d’aujourd’hui ne peut tolérer.

Il est essentiel de bien comprendre la justification de l’aide actuelle, qui doit être volontairement limitée en temps et en volume pour pouvoir s’arrêter, le moment voulu, et passer le relais aux familles pour la phase de reconstruction. Ainsi, aujourd’hui, il apparaît clairement la nécessité d’une aide extérieure pour les mois à venir, et peut-être sur toute l’année 2011. L’aide internationale apportée jusqu’aujourd’hui ne représente que 45% de l’aide totale nécessaire pour permettre à la population affectée de reprendre les rênes de leur reconstruction⁶.

Grégory Bulit, Référent Eau et Assainissement, Solidarités International

i De ce barrage construit par les britanniques, partent 7 canaux qui arrosent le plus grand bassin irrigué du monde.
ii Pakistan Humanitarian Bulletin, OCHA Pakistan, 11 novembre 2011.
iii De nombreux ménages ont du décapitaliser depuis le début de la crise, et certains qui avaient réussi à amener avec eux leurs animaux dans les camps n’ont plus les moyens de les ramener chez eux.
iv La malnutrition existait avant les inondations dans cette zone, mais nul doute que la situation actuelle favorise l’augmentation des cas sévères.
v Des cas de diarrhées aigues avaient été répertoriés au mois d’aout, et bien que certaines ONG avaient mentionné le vibrio cholerae comme probable agent pathogène, le gouvernement n’a jamais accepté de le déclarer de manière officielle.
vi Pakistan Humanitarian Bulletin, OCHA Pakistan, 11 novembre 2011

 

 

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mise en ligne : décembre 2010

 

 

 


Crédit photos : SOLIDARITES INTERNATIONAL