Témoignage
de Yannick le Bihan
Yannick le Bihan, directeur exécutif de SOLIDARITES INTERNATIONAL, revient d’une mission en Haïti du 10 au 19 mai 2010. Il fait le point avec nous sur la situation 5 mois après, et les enjeux de l’action humanitaire en Haïti.
Quelle situation as-tu trouvé en arrivant en Haïti ?
A Port au Prince, on voit encore partout les stigmates du séisme, avec d’étonnantes différences, en fonction des modes de construction, d’un quartier ou d’un immeuble à l’autre : ici un quartier ou un bâtiment à plusieurs étages rasé, écrasé comme une crêpe, et juste à côté des édifices apparemment presque intacts. Les gravats jonchent encore les rues. Mais on sent tout de suite que, malgré les perspectives peu réjouissantes pour l’instant, les gens ont envie de se redresser et de reconstruire leur vie.
Comment SOLIDARITES INTERNATIONAL a-t’elle organisé sa réponse humanitaire, que ce soit en termes d’action, ou en termes de zones d’intervention ? 
Quatre jours après le séisme, nous intervenions sur place, en jouant immédiatement le jeu de la coordination, en participant activement à diverses évaluations multisectorielles, et en échangeant les informations avec les autres acteurs humanitaires. Nous avons ainsi pu rapidement identifier des besoins prioritaires (accès à l’eau potable et l’assainissement), et des zones, notamment à Port au Prince, puis à Petit Goave, qui n’étaient pas couvertes. Nous avons engagé alors notre action sans délai, toujours en coordination, et en complémentarité (je pense notamment aux ONG spécialisées dans la santé) avec les autres acteurs.
Quels sont les enjeux humanitaires en Haïti aujourd’hui ?
A Port au Prince, la problématique capitale va être de trouver des solutions, à court et moyen termes, de relogement, pour les centaines de milliers de sinistrés à la rue dans des camps de fortune, sans parler de l’indispensable nettoyage des déchets et gravats. Donc, soit des possibilités de relogement, soit des abris décents et fiables, afin que les gens puissent passer la saison des pluies puis des cyclones (en gros de juin à novembre), avec l’accès à l’eau potable et l’assainissement, accompagnés d’un soutien à une reprise économique sources de revenus, et enfin pour les enfants l’accès à l’école. Pour Petit Goave, c’est l’accès à l’eau potable (les infrastructures, sources, puits, réseaux, déjà déficientes, ont été très touchées par le séisme) qui est prioritaire, et la relance de l’activité agricole pour la sécurité alimentaire. Les gens de Petit Goave ont accueilli beaucoup de sinistrés de Port au Prince, et cette solidarité les a forcés à puiser dans les réserves de ressources alimentaires.
Quelles difficultés logistiques notre équipe sur place doit-elle surmonter ?
Les déplacements, en raison des gravats et des routes coupées, endommagées, sont très longs et difficiles. L’approvisionnement de certains matériels humanitaires (par exemple les bâches plastique), même si les choses se sont améliorées, reste problématique.
Parles-nous de notre équipe sur place
Elle compte une vingtaine de volontaires et près de 80 Haïtiens. Les gens de notre équipe là-bas, que j’ai rencontrés, sont très impliqués. Les membres haïtiens sont très motivés pour participer, à travers notre action, au relèvement du pays. Nous nous efforçons, d’ailleurs, d’aider les autorités haïtiennes à recouvrer leurs capacités à gérer et coordonner l’aide.
Quel sentiment marquant as-tu ramené de ta mission ?
J’ai rencontré beaucoup de responsables de « comités de sites » de déplacés à Port au Prince ; j’ai été frappé par leur grande dignité, et leur implication au service de leurs concitoyens sinistrés.
Que souhaites-tu dire aux donateurs qui soutiennent notre action en Haïti ?
Le séisme a vraiment été une tragédie pour le pays, mais il y a une volonté manifeste des Haïtiens de reconstruire leur vie, tout en faisant face à des menaces (saison des pluies et des cyclones) qui vont les frapper encore. Nous devons donc être à leurs côtés et les accompagner dans ce moment d’épreuve. Ils sont courageux, soyons généreux.
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