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Témoignage d'Anne Sophie ARNOUX

 

Suite au séisme du 12 janvier, Anne Sophie Arnoux, spécialiste hydraulicienne, est partie avec l’équipe d’urgence de SOLIDARITES INTERNATIONAL en Haïti répondre aux besoins des populations. Entretien à chaud dès son retour.

 

En arrivant à Port au Prince, quelles ont été tes premières impressions ?
Je crois qu’on ne réalise pas à quel point ce pays a été détruit : des immeubles entiers que j’avais vus précédemment (j’ai déjà travaillé en Haïti avec SOLIDARITES INTERNATIONAL en 2005) entièrement détruits, des rues défoncées, des décombres partout : le chaos total.
Les gens, qui n’avaient déjà pas grand-chose auparavant, ont tout perdu ; ils ont construit des  abris avec des draps et des tissus, se sont regroupés dans des camps de fortune pour commencer à organiser le quotidien.
J’ai été impressionnée par la capacité des Haïtiens à rebondir, à tenter de reconstruire leurs vies, à ne pas se laisser abattre par cette terrible catastrophe, et aussi par la solidarité entre eux ; je n’ai remarqué aucune violence, aucun pillage, pas d’émeutes: lors de nos distributions, tout s’est très bien déroulé : ce que les Haïtiens veulent en priorité, c’est reprendre le cours de leurs vies.
Nous avons rappelé les anciens membres Haïtiens de notre équipe, et ils ont pour la plupart répondu présents ; lors d’un diagnostic sur le terrain, j’ai croisé par hasard l’ancien chef des gardiens de notre ancienne équipe, qui lui aussi avait tout perdu. Il m’a demandé s’il pouvait revenir travailler avec nous : c’est donc en étroite collaboration avec les Haïtiens que nous avons mené nos activités.

Quelles sont les premières activités mises en place par SOLIDARITES INTERNATIONAL ?

La première urgence – qui est aussi notre domaine  principal d’expertise - était l’accès à l’eau potable et à l’assainissement : nous avons donc mis en place des bladders (réservoirs souples d’eau potable), des rampes de distribution, des latrines d’urgence, des douches, des lave-mains, tenu des sessions de promotion à l’hygiène, distribué des kits d’hygiène (seaux, jerricans, savons…), puis organisé la gestion des déchets solides.
Les populations nous ont aussi demandé des bâches pour s’abriter : nous en avons donc distribuées, même si nous pensions au début que ce besoin était couvert par d’autres acteurs.

Que faut-il faire dans l’immédiat pour les Haïtiens ?
Le risque le plus grand dans l’immédiat est l’approche de la saison des pluies : en temps normal, les rues de Port au Prince se transforment déjà en rivières, certaines maisons s’écroulent; suite au séisme, les populations vont se retrouver les pieds dans l’eau, les pluies vont charrier des déchets, des excréments, cela risque d’entrainer des épidémies.
La distribution des bâches, l’assainissement des sites et la gestion des déchets solides sont donc une priorité absolue, pour ne pas empirer les conditions de vie déjà très précaires des populations.
Mais l’urgence va durer, nous sommes encore loin de la reconstruction : les écoles et les banques commencent seulement à rouvrir, il y a tellement de besoins, tellement de gens dans la rue, on fait le maximum, mais c’est encore insuffisant.
Mais lorsqu’on voit la réaction des enfants, qui continuent à jouer dans les rues, à chanter, on se dit que tout est possible…

 

Crédit photos : AFP, SOLIDARITES INTERNATIONAL