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TEMOIGNAGES DU TERRAIN

« Le sentiment d'être en perpétuelle urgence »

Aurélie Ferial, Coordinatrice terrain à Port-au-Prince en Haïti, témoigne de la situation humanitaire un an après :

Un an après le séisme de janvier 2010, quelle est la situation humanitaire en Haïti ?

Elle est difficile, le déblaiement des gravats avance lentement, et le plan de reconstruction tarde.

Les populations déplacées vivent toujours entassées sous des tentes ou des abris de fortune. Si des camps se vident, d’autres apparaissent. Il y a toujours près de 1,3 million de personnes déplacées en Haïti (dont 85% soit 1,14 million sur la zone métropolitaine de Port-au-Prince). On compte 1 291 sites dans tout le pays dont 892 sur la seule zone métropolitaine. Les abris d’urgence sont aujourd’hui dans un état pitoyable et les conditions sanitaires montrent leurs limites.

Même si le cyclone Tomas n’a pas été aussi violent que prévu, il a provoqué des dégâts et des inondations, favorisant la propagation du choléra. La population se sent prise au piège d’un cycle infernal de crises, avec le sentiment d’être en perpétuelle urgence.

Quelle est la priorité humanitaire ?

Aujourd’hui, c’est le choléra. La population haïtienne ne connaît pas cette maladie et n’y est pas préparée, ni les autorités. Malgré les messages à la radio, par haut-parleurs, et la sensibilisation de masse, les habitants de la capitale ont du mal à cerner la gravité de la situation. En même temps, comment imaginer qu’il y ait pire que le tremblement de terre du 12 janvier ?

Quelles difficultés sont à surmonter pour lutter contre le choléra ?

Le manque d’informations précises, le manque de capacité des autorités, les rumeurs, l’insécurité. Il faut faire face à d’énormes difficultés en Haïti :

  • L’eau de boisson, dont la provenance n’est pas contrôlée et qui peut s’avérer non propre à la consommation, est souvent vendue aux coins des rues dans des sachets plastiques faits avec les moyens du bord.
  • Beaucoup d’Haïtiens n’ont pas les moyens d’aller dans les centres de santé, et s’ils le peuvent, ils ne peuvent acheter les traitements.
  • Les vidanges des fosses septiques sont faites par des entrepreneurs qui ne possèdent pas les équipements et les formations adéquats à la vidange d’excrétas contaminés. En outre, ceux-ci sont souvent déversés au hasard d’une ravine ou dans l’unique décharge de Port-au-Prince.
  • Le manque d’ambulances oblige la population à utiliser des ambulances privées, ou des véhicules et taxis qui ne sont pas formés à la prise en charge de malades ou décédés du choléra. De même l’enterrement des morts : beaucoup de gens inhument leurs morts près de chez eux, dans un coin de ravine, là où ils peuvent.

Pour finir ?

En Haïti, le fléau du choléra s’abat sur un pays meurtri qui a déjà enterré ses morts à la va-vite il y a à peine 10 mois ! La situation est terrible. Il ne faut pas oublier Haïti.

 

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