Burundi : urgence, reconstruction et reprise du développement
Témoignage (rédigé en 2005 par Olivier JOUZEAU, responsable
programmes hydrauliques SOLIDARITES Cankuzo) sur l’expérience
de SOLIDARITES dans la province de Cankuzo
Suite
aux accords de paix de Pretoria de novembre 2003, le Burundi a traversé
une phase de transition urgence-réhabilitation qui s’est
achevée avec la fin du processus électoral au mois de septembre
2005. Le pays dispose aujourd’hui d’institutions démocratiques
élues.
Après dix années de crise, 70% des Burundais sont en situation
d’extrême pauvreté, mais dans un contexte qui tend
à se stabiliser. Les Burundais sont prêts à construire
leur développement, mais un certain nombre de défis se posent
à eux et à leurs partenaires internationaux. Aujourd’hui
se construisent les bases qui permettront au Burundi de sortir définitivement
de l’insécurité et à terme, de la pauvreté.
Depuis 1996, SOLIDARITES participe à l’effort du pays par
des programmes d’eau et d’assainissement, de sécurité
alimentaire et d’habitat. Aujourd’hui notre équipe
sur place est composée de 10 volontaires expatriés et 100
Burundais.
Qui gère l’eau au Burundi ?
La DGHER (Direction Générale de l'Hydraulique
et des Energies Rurales) dépend du ministère de l'aménagement
du territoire burundais depuis la mise en place du nouveau gouvernement.
La DGHER est l'organe responsable des adductions en eau potable, des sources
aménagées... en milieu rural. Plus largement, elle est responsable
de la gestion des infrastructures hydrauliques et électriques publiques,
la DGHER agit également en tant que bureau d'étude et de
construction.
Les Régies Communales de l’Eau (RCE) : Pour
assurer le fonctionnement, l’entretien, l’exploitation et
la gestion des infrastructures hydrauliques, dans chaque commune existe
une Régie Communale de l’Eau dotée de l’autonomie
financière. La Régie Communale de l’Eau est de type
associatif, c'est à dire gérée par les usagers eux-mêmes.
Elle regroupe l'ensemble des comités et institutions qui gèrent
le patrimoine hydraulique d'une commune (comités de points d'eau
et assainissement, Assemblée Générale des Usagers,
Comité communal des Usagers, Service Communal de l'eau et assainissement…).
Rappelons que les coordinateurs provinciaux des Régies Communales
de l'Eau oeuvrent sous l'autorité de la DGHER.
Les structures RCE sont nées en 1992, lorsque l’Etat a décidé
de rendre autonome le budget de gestion des réseaux et des sources.
Pour les usagers, ce fut une petite révolution car il n’y
avait avant cette date qu’une taxe communale prélevée
sur les marchés, les gens n’avaient pas l’habitude
de payer une cotisation pour l’entretien du point d’eau.
Par ailleurs, ce système à peine en place a périclité
rapidement lors du début de la crise en 1993. 10 ans plus tard,
certaines RCE n’existent que sur le papier, les membres (présidents,
trésoriers…) ne sont pas formés à leur responsabilités
; la population, usée par la guerre et trop de corruption, n’a
pas confiance et n’accepte pas forcément cette séparation
du budget de la commune et du budget de la Régie.
L’action de SOLIDARITES à Cankuzo ou comment s’adapter
à un contexte évolutif...
La province de Cankuzo a été particulièrement frappée
en 2000 par les combats et la forte insécurité à
proximité de la frontière tanzanienne. Implantée
depuis 2003 dans la province, Solidarités vient en aide aux populations
vulnérables victimes de la crise, qu’elles soient déplacées,
rapatriées ou vivant en milieu rural isolé. Quelles que
soient leurs origines, leur situation sanitaire est critique : manque
d’infrastructures d’eau potable ou d’assainissement,
comportements hygiéniques inadaptés.
Pour améliorer cette situation, SOLIDARITES réalise et
réhabilite des adductions d’eau potable, aménage des
sources, construit et vidange des blocs de latrines communautaires. Ce
volet technique s’accompagne d’un travail de sensibilisation
des bénéficiaires (hygiène, respect des infrastructures)
et d’un appui aux structures en charge de leur gestion.
Avec l’appui de la DG ECHO (Office d’Aide Humanitaire
de la Commission Européenne), d’UNICEF (Fonds des Nations
Unies pour l’Enfance) et du HCR (Haut Commissariat aux Réfugiés
des Nations Unies), SOLIDARITES a ainsi pu venir en aide à plus
de 60 000 personnes dans la province depuis 2003, soit environ un tiers
de la population de la province. Par ailleurs, SOLIDARITES réalise
dans d’autres provinces (Muramvya, Bururi, Bujumbura Rural, Mwaro)
des programmes de sécurité alimentaire et réhabilitation.
Récapitulatif des réalisations de SOLIDARITES dans la
province de Cankuzo
|
Activité dans la
province |
Volume des réalisations |
Nombre approximatif de
bénéficiaires |
| Construction/ réhabilitation/ extension d’adductions
d’eau potable |
10 AEP (adductions d’eau potable) |
33 000 |
| Aménagement de sources avec bacs à lessive |
140 sources+bac à lessive |
20 000 |
| Construction de latrines |
231 latrines |
10 000 |
| Sensibilisation à l’hygiène dans les écoles
primaires |
5 sites de déplacés et 21 écoles
primaires |
17 000 |
| Vidange de latrines et sensibilisation à l’hygiène |
48 vidanges |
7 000 |
| Appui aux Régies Communales de l’Eau (RCE) |
Les 5 régies communales
de la province |
Indirectement : l’ensemble des usagers |
D’une action d’urgence dans les sites de déplacés
et pour faire face au retour des réfugiés rentrant de Tanzanie,
l’essentiel du travail s’est progressivement orienté
vers des populations rurales sédentarisées permettant ainsi
d’initier une réflexion à plus long terme. Le retour
de la sécurité dans un contexte de plus en plus stable a
permis à SOLIDARITES d’intensifier le travail autour de la
pérennisation des ouvrages :
-
Animation pour la mise en place d’une gestion
des infrastructures à différentes échelles. Il
s’agit de la mise en place de comités de points d’eau,
du suivi des assemblées générales des usagers
et à l’élection de leur bureau exécutif,
du suivi des campagnes des collectes de redevances...
-
Renforcement des compétences techniques
et organisationnelles des RCE
-
Soutien logistique par distribution d’outils
de gestion...
Aujourd’hui, deux années de travail dans un contexte évolutif
sont sur le point de s’achever. Un constat s’impose : l’adaptation
continuelle des pratiques dont a su faire preuve SOLIDARITES ne suffit
pourtant pas à assurer la pérennité des infrastructures.
Le renforcement de la gestion des infrastructures d’eau potable
à travers ses acteurs (usagers, RCE, DGHER, autorités…)
doit constituer un programme de développement à part entière,
bien plus qu’un simple accompagnement pour la réussite des
chantiers. Mais cette ambition n’est pas si simple à accomplir
dans un climat d’incertitude politique.
Une évolution nécessaire des pratiques des acteurs internationaux
Aussi bien les bailleurs de fonds institutionnels que les ONG travaillent
actuellement dans un contexte burundais en transition. L’enjeu est
pour eux de participer à des actions à portée plus
durable tout en gardant une réactivité aux situations de
crise pouvant toujours survenir. Cependant, force est de constater une
certaine inertie dans les pratiques.
Au Burundi, le principal apport financier émane aujourd’hui
encore de bailleurs d’urgence. Les axes stratégiques d’intervention
définis restent encore cantonnés au contexte de l’urgence.
Les indicateurs considérés sont en majorité quantitatifs
et relativement peu qualitatifs. Pourtant, la situation de crise s’éloignant,
il devient nécessaire d’augmenter l’impact des interventions
dans le temps plus que dans l’espace. De manière simplificatrice
: « construisons moins d’infrastructures hydrauliques mais
consacrons plus de moyens pour que les populations et leurs représentants
soient porteurs du projet, de l’identification des besoins jusqu’à
la gestion des infrastructures. »
Dans ce cadre, le message n’est pas entendu et la marge de manœuvre
des ONG reste faible pour assurer une bonne transition vers un contexte
de développement. Faible certes, mais présente... Elles
se doivent de travailler dans une optique d’autonomisation progressive
des partenaires locaux. Au Burundi, il est désormais temps de renverser
les approches d’urgence héritées de la crise, et ce,
à tous les niveaux : du bénéficiaire jusqu’aux
différentes institutions du Service Public de l’Eau en milieu
rural.
Voilà un travail à mener sur le terrain mais aussi auprès
des bailleurs de fonds afin qu’ils adaptent leurs stratégies
aux réalités locales. A ce niveau, des engagements internationaux
ont été pris dans le cadre des Objectifs du Millénaire
des Nations Unies. Pour l’eau et l’assainissement, il s’agit
de réduire de moitié, d’ici 2015, la proportion de
personnes n’ayant pas accès à ces services. 2005 :
année d’un premier bilan sur ces objectifs. 2005 : entrée
du Burundi dans le développement ? Un espoir, une perspective,
une action.
Aujourd’hui, l’équipe de SOLIDARITES au Burundi comprend
10 volontaires expatriés et environ 100 Burundais.
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