Cédric
Petit a effectué une mission d'évaluation au centre de l'Irak du 20 avril
au 9 juin. A peine revenu au siège à Paris, il nous livre ses impressions,
retour du terrain :
- Quels étaient
les objectifs de ta mission ?
Je suis parti avec Gavin White, chargé en
tant qu'officier de liaison, de représenter l'association à Bagdad, ainsi
qu'avec Bruno Carpentier, ingénieur Hydro, et David Monnier, logisticien.
L'objectif de notre mission était d'évaluer,
dans la région
centre de l'Irak, les besoins en accès à l'eau, en distributions de vivres
et en réhabilitation.
- Quelle
était la situation générale, disons " politique " quand vous êtes arrivés
?
L'impression d'une véritable occupation. Quelque chose de très différent
de ce qu'on a pu rencontrer en Bosnie ou au Kosovo. Une sorte d'ambiance
" Vietnam ", avec les hélicoptères et les blindés qui tournaient en permanence,
les convois militaires partout…
- Sur le
plan sécuritaire ?
Quand nous sommes arrivés, c'était l'un des pires pays où j'ai été, pire
que la RD Congo ou l'Afghanistan : un nombre très élevé d'incidents violents,
de tiers, de règlements de comptes, de blessés par balles… Avec en plus
le risque d'être pris dans une embuscade contre les Américains. Si on
ajoute à ça une fausse impression de calme, et l'absence d'informations
fiables qui puissent circuler…
- Enfin et
surtout, quid de la situation humanitaire ?
On ne peut pas parler d'effets
directs et graves de la guerre sur la population. Ponctuellement, il y
a eu de vrais problèmes dans les hôpitaux, mais assez rapidement pris
en charge. Pour le reste, on peut lister les facteurs de fond qui font
que l'Irak a besoin aujourd'hui d'une aide humanitaire :
- L'embargo, qui a eu des effets sur la dégradation de l'ensemble des
services publics.
- La rupture, liée au conflit, du programme d'approvisionnement de 60
% de la population, par le biais du programme " pétrole contre nourriture
"
- La mauvaise gestion et la corruption qui ont caractérisé le fonctionnement
de l'Etat sous le régime de Saddam Hussein
- Le désintérêt absolu de ce régime pour les campagnes, complètement délaissées,
livrées à l'abandon. A ce propos, et à titre d'exemple, les 40 stations
de traitement des eaux, destinées à des hameaux (d'une capacité de 100
à 150 M3 par jour), que nous avons visité dans le Gouvernorat de Qadisiyah
avaient été installées en 75 !
- Justement, dans quel état se trouve ce réseau
de stations ?
Elles sont en fonction, mais dans la pire des configurations ! Comme le
système de traitement des eaux est défectueux, les villageois prennent
parfois directement l'eau dans les canaux pour la mettre dans le réseau
de distribution… Sans parler du très grave problème du système de distribution
de l'électricité, qui est délabré et totalement insuffisant, ce qui réduit
ces stations à néant !
- Que peut
faire SOLIDARITES sur cette question ?
Le problème, ce n'est pas la quantité de l'eau, qui est suffisante, mais
sa qualité. SOLIDARITES peut donc travailler sur la qualité :
- En luttant contre la pollution dans
les stations (couvrir les bassins, changer les connections)
- En changeant le système de chloration
- En changeant les câbles, tuyaux
et panneaux électriques
- Quel est l'importance du projet ?
Nous voulons prendre en charge la réhabilitation de 60 stations : 40 dans
le Gouvernorat de Qadisiyah, avec l'ouverture d'un bureau à Ad Diwaniyah,
et 20 au Sud du Gouvernorat de Babylone, dans les districts de Al Hillah
et Al Hashimiyah.
- Qu'en est-il de la coordination de l'aide humanitaire et de la relation
très controversée " humanitaires - militaires " ?
Pour la coordination, le moins qu'on puisse dire est qu'une certaine confusion
règne à Bagdad et dans le reste du pays. Il y de multiples centres de
coordination civils, militaires, Nations Unies, dans et autour du pays,
et ils n'arrivent déjà pas à se coordonner entre eux ! En ce qui concerne
la relation avec les militaires, nous n'avons eu aucun problème. En fait,
l'action " humanitaire " des militaires se concentre sur les villes, alors
que nous, nous nous concentrons sur les campagnes, là où se trouvent les
besoins les plus profonds. Cela donne une certaine indifférence, et une
complémentarité.
- Quel développement
voit-tu, au-delà de ce projet, pour l'action de SOLIDARITES en Irak ?
Dans les régions où nous comptons travailler, il faut petit à petit élargir
notre action de réhabilitation des réseaux d'eau aux villages les plus
éloignés, donc certains n'ont jamais eu l'accès à l'eau potable. Il faudrait
aussi faire des évaluations sur les besoins en eau dans les régions frontalières
avec l'Iran. Enfin, il y a des besoins réels en terme de réhabilitation
d'écoles et de centres de santé.
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