Patrice Chataignier, chargé, au service missions de SOLIDARITES, des missions exploratoires, revient d'Angola, où il a dirigé la mise en place de notre nouvelle mission dans ce pays. Il nous livre son analyse.

Patrice en évaluation sur un terrain difficile

Combien de temps es-tu resté en Angola ?
Je suis parti le 17 juillet 2002, et je suis revenu le 23 février 2003. Pratiquement sept mois de mission.

Qu'est-ce qui t'a le plus frappé dans la situation humanitaire que tu as trouvée ?
Le bond en arrière impressionnant qu'ont subi trois générations d'Angolais, à cause de la guerre et de ses conséquences, alors que l'Angola, auparavant était un pays d'une richesse exceptionnelle : ressources minières, pétrolières, et surtout agricoles, avec une terre fertile, très bien irriguée, à tel point que l'Angola était exportateur de ses ressources alimentaires, qui étaient très diversifiées ! Près de trente ans plus tard, la population, qui vit à 95 % de l'agriculture, est dans un état de paupérisation extrême, en raison de l'enclavement, qui a coupé du reste du monde une grande partie de celle-ci, et des déplacements incessants et massifs que la guerre lui a imposé, empêchant tout enracinement, tout travail de la terre, et donc toute autonomie alimentaire. Ajoutés à cela, le délabrement des infrastructures telles que routes et ponts, la présence de millions de mines, et la saison des pluies qui aggrave tout ça, rendent l'accès aux populations les plus vulnérables extrêmement difficile…

Tu as participé à l'ouverture de la mission, puis à la mise en œuvre des programmes ; quelles ont été les grandes étapes, et les difficultés du travail pour l'équipe ?
Il faut distinguer trois étapes :
1 / Etape d'évaluation : la difficulté principale était l'identification d'une zone d'intervention avec des besoins, et l'élaboration d'une réponse adaptée à la fois à ces besoins et à nos capacités. Il fallait aussi trouver les moyens financiers de cette action. A cet égard, je tiens à remercier le Ministère Français des Affaires Etrangères, ainsi que la Coopération Française, qui se sont montrés très réactifs. De même pour le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM), et la FAO), qui sont de bons partenaires opérationnels.
2 / Phase de mise en œuvre : le problème, c'était les contraintes climatiques (saison des pluies), et le problème des mines et du délabrement des routes et ponts, qui ont rendu l'accès aux populations très difficile.
3 / Phase de consolidation et développement : maintenant que notre programme sur place est une réussite opérationnelle, il s'agit de pérenniser notre action. Sachant que 45 % tu territoire angolais est encore inaccessible, il y a d'énormes besoins à couvrir ! Les ressources financières disponibles, hélas, sont difficiles à trouver. Nous pensons, pour notre part, développer notre action vers les provinces de l'Est, qui sont les moins accessibles.

Quels sont les axes d'intervention de notre action humanitaire en Angola ?
Il y en quatre :
1 / Une aide alimentaire d'urgence qui s'est adressé à la population de la zone de Mungo, au Nord-Est de la province de Huambo. 70 %.de la population est considérée comme vulnérable malnutrition, sans ressources, orphelins, veuves, lépreux). Nous avons distribué du maïs, des haricots, de l'huile, du sel, des rations de soja énergétique, et du sucre, à 5.720 ménages, soit plus de 30.000 personnes. Nous allons continuer cette action pendant six mois, en prenant en charge, cette fois, près de 60 % de la population de la zone de Mungo, qui compte 58.000 personnes, soit environ 6.000 familles. Notre action se concentre là sur la lutte contre la malnutrition, du fait que, pendant les deux mois précédents, l'accès et l'acheminement de denrées alimentaire ont été très difficiles.
2 / Préparer l'autosuffisance alimentaire pour l'ensemble de la population de Mungo : de novembre 2002 à janvier 2003, nous avons distribué des semences (maïs, blé, soja, choux, carottes, tomates) et des outils (houes, machette… ) aux 5.720 ménages qui ont reçu une aide alimentaire d'urgence, ainsi qu'à près de 300 associations agricoles.
3 / Réhabilitation rurale : support et soutien technique à l'agriculture (formation, soutien technique, aide à la diversification des cultures).
4 / Réhabilitation de ponts et routes pour améliorer l'accès aux populations, par des programmes " food for work ".

Tu as ramené des images et des souvenirs de ta mission. il y en a-t'il un qui t'ai particulièrement marqué ?
Oui, voir l'entrepôt de Mungo, qui est énorme, rempli à ras-bord de nourriture, et 15 camions du PAM qui attendaient encore pour décharger, et, après la distribution, la ville qui grouillait d'une population qui rentrait chez elle, en portant les rations qu'elle venait de recevoir.

Tu dois, prochainement, repartir sur le terrain ?
Oui, en Irak ! Ce sera une nouvelle mission d'évaluation, avec un départ le plus tôt possible vers le Kurdistan irakien. Je pense vraiment, après ce que j'ai vu de l'impact de nos programmes au Burundi, en Serbie et en Angola, que nous pouvons, là-bas, mettre en œuvre une aide utile et efficace.

>>> Lire les témoignages précédents >>>