Ce qui m'a le plus frappé lors de mon arrivée fût le manque évident d'eau potable, d'assainissement et d'hygiène. Le réseau urbain ne couvre que 60% des besoins de la populations, les autres (particulièrement les femmes et les enfants) sont obligés de parcourir plusieurs kilomètres quotidiennement jusqu'au Nil pour accéder à un point d'eau.
D'autre part, lors de notre arrivée sur Malakal, une crise sévère d'épidémie de diarrhée aqueuse s'est déclarée le 19 février 2007. En l'espace d'un mois, nous avons diagnostiqué 400 cas et répertorié 17 décès. C'est une vraie situation d'urgence à laquelle nous avons du répondre instantanément !
Outre l'intervention de SOLIDARITES en zone urbaine (Malakal), nous prévoyons également une mission dans l'Etat de Jonglei , dans le comté de Khorflus , situé à une trentaine de kilomètres au sud de Malakal. Le fait d'apporter une aide dans les zones rurales reculées et d'y accompagner la réintégration des personnes retournées participe à un allègement de la pression démographique de populations dans les centres urbains
Justement, face à la complexité et l'urgence de la situation, quelle a été l'action de Solidarites ? 
Nos missions à Malakal se fondent sur trois axes :
Premièrement, une intervention d'urgence pour endiguer l'épidémie le plus vite possible et éviter ainsi son expansion. Pour ce faire, un processus de chloration des principaux points d'eau (exactement 14 points, le long du Nil) a été mis en œuvre, en un mois, la situation était relativement contrôlée et il n'y avait plus qu'un ou deux cas par semaine.
Ensuite sur du long terme, nous travaillons à favoriser l'accès à l'eau potable via l'optimisation du réseau municipal existant et la rénovation d'une station de traitement d'eau. Nous voulons assurer également la distribution d'eau potable, quinze litres par jour et par personne dans les quartiers d'El Matar et El Luakat ciblant 10000 personnes.
Finalement, nous travaillons sur la promotion et l'éducation des familles à l'hygiène via la construction de 160 latrines familiales et 16 latrines collectives ciblant 2540 personnes. De plus, nous visons 1100 familles par la distribution de kits d'hygiène « Jerrycans, savon et moustiquaire ».
En ce qui concerne nos missions à Khorflus et Atar au nord de l'Etat de Jonglei , elles n'ont pas concrètement commencé. Cependant, voici les prévisions faites selon les priorités :
Il est également prévu de favoriser l'accès à l'eau potable en installant une station de traitement d'eau à Khorflus ciblant 4000 personnes. La construction de latrines familiales et publiques bénéficiera à au moins 2000 personnes. Une campagne de promotion à l'hygiène sera associée à ces activités.
Il faut rajouter notre intervention qui toucherait les deux états de Jonglei et le haut du Nil :
Nous allons réhabiliter une portion de la route qui relie Malakal à Nasser une ville limitrophe de la frontière Ethiopienne ce qui facilitera le trafic pour l'échange commercial et le retour spontané des réfugiés. Cette route est l'une des priorités pour les autorités locales, mais voilà, le gouvernement se mets en place très lentement et le manque de moyens est évident. La réhabilitation de toute la route bénéficiera à plus de 240.000 personnes.
Avez-vous déjà constaté l'impact des interventions de SOLIDARITES sur place ou est-ce encore trop tôt pour réellement évaluer la pertinence des actions entreprises?

En réalité, c'est un peu tôt pour mesurer l'impact de toutes nos activités, Solidarités a ouvert ses portes début mars 2007 seulement. Nous sommes déjà dans la saison des pluies qui nous empêche de construire les latrines. Néanmoins, nous avons réussi à construire trois latrines collectives dans une école pour retourner au quartier El Matar.
Il est clair par ailleurs que la campagne de chloration menée pendant un mois a joué un rôle important dans la diminution drastique de nombre de cas de Diarrhée aqueuse.
Travailler dans l'humanitaire, ca ne doit pas être simple tous les jours. Qu'est ce qui te pousse à continuer malgré le contexte professionnel difficile et les frustrations personnelles? 
S'engager dans l'humanitaire est un vrai métier…mais c'est plus qu'un métier, on parle ici plus d'engagement que de recrutement. Il faut être conscient que pour travailler dans ce milieu il faut mettre sa vie personnelle de côté…
En ce qui me concerne, mon leitmotiv qui me pousse à continuer c'est le fait de se sentir utile, voir même d'être utile pour apporter un peu à d'autres qui n'ont rien et aider des personnes qui sans notre intervention mourraient faute d'avoir accès à des services de base tel que l'eau potable.
Ca peut paraître cliché mais sur le terrain, la spontanéité, l'innocence et l'insouciance des enfants… qui n'ont absolument rien mais qui sourient en permanence, c'est juste exceptionnel! D'autre part, l'ambiance agréable dans les équipes de SOLIDARITES, aide également à ne pas craquer, sur place c'est un peu comme une famille on se soutient mutuellement !
En revanche, les pires frustrations proviennent lors des retards de financements dans les situations d'urgence : être sur place, constater des désastres et devoir attendre que les lourdes procédures administratives se mettent en place, c'est complètement frustrant !
Malgré ces délais et les conditions de vie parfois austères, le but et la finalité de nos actions sont plus forts que tout le reste !!
Merci Jehad & bonne continuation à toute l'équipe sur place !! |