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Cyprien Fabre, volontaire
expérimenté de notre association, revient d'une mission en RD Congo, où
il a assuré la direction de la mission. Réflexions à la descente d'avion.
Revenons
un instant sur ton riche parcours humanitaire.
J'ai commencé avec SOLIDARITES, en partant en
1997 comme technicien BTP en Bosnie, jusqu'en 1998. De début à août 98,
je suis parti sur la mission Burundi, comme coordinateur de programme
à Muramvya.
Puis, d'août 98 à décembre 98, j'ai participé à l'ouverture de la mission
Kosovo. De début 99 à fin 99, retour en Bosnie, comme chef de mission,
puis départ, fin 99, pour un intermède au Congo Brazzaville avec une autre
association. Pendant l'année 2000-2001, j'ai voulu approfondir mon expérience,
en faisant en parallèle, à l'université d'Aix, un DESS d'aide humanitaire
d'urgence et de réhabilitation, et un Diplôme Universitaire de droit international
de terrain. Je suis reparti pour SOLIDARITES en RDC, à Kinshasa, pour
évaluer les opportunités d'ouverture côté gouvernemental. Début 2002,
j'ai effectué une mission pour l'OSCE en Macédoine, où j'étais responsable
de la cellule droits de l'homme. Et enfin, je reviens d'une mission en
RDC pour SOLIDARITES, de mi-décembre 2002, à mi-mars 2003, comme chef
de mission.
D'après ton expérience,
comment as-tu évalué la situation humanitaire que tu as trouvée en RDC
?
Beaucoup plus critique que ce que j'ai pu voir, par exemple, au Congo
Brazzaville, ou en RDC côté gouvernemental. De nombreuses populations
sont littéralement prises en otage par les différents groupes armés, qui
vivent sur celles-ci, en les pillant. Par ailleurs, outre ces pillages,
les incendies de villages, les viols, l'embrigadement forcé des enfants,
forcent ces populations à se déplacer, à se cacher sans cesse. Nous n'avons
accès à elles, que quand elles arrivent à échapper aux groupes armés,
et à sortir de la forêt. Enfin, l'enclavement du à la guerre, ajouté à
la prédation et à ces déplacements, empêche les gens de pouvoir se fixer
sur une terre, de la cultiver, et donc de devenir subvenir à leurs besoins
alimentaires. Le résultat est une insécurité alimentaire qui frôle en
permanence la malnutrition.
Compte tenu du
contexte et des difficultés, quels objectifs t'es-tu fixés en arrivant
sur la mission ?
La mission RDC est une mission récente, dans un environnement difficile
du point de vue sécuritaire et logistique (distances énormes et accès
difficiles). Elle avait donc besoin d'être structurée, pour passer à une
étape de consolidation. Les objectifs étaient donc :
- 1 / Mettre en place
une logistique structurée, fiable et contrôlée.
- 2 / Mettre en place une stratégie opérationnelle cohérente, à partir
des évaluations menées, et de notre expérience sur certaines zones, et
dans les domaines où nous travaillons en RDC (Hydraulique, nutrition).
Justement, quels
sont les axes de notre action en RDC aujourd'hui et demain ?
Il y en a trois :
1 / La nutrition,
trois programmes :
A : A Kayna, au Nord-Kivu, nous avions depuis 2000 un programme nutritionnel
avec un CNT (centre nutritionnel thérapeutique) qui reçoit 50 patients
par mois et 6 CNS (centres de nutrition supplémentaire) pour un millier
de bénéficiaires par mois. Ce programme a été rétrocédé le 28 février
2002 dernier aux autorités sanitaires locales, mais nous assurons toujours
un appui technique
B : A Kongolo, au Katanga, nous avons un CNT qui accueille 200 personnes
par mois, et 11 CNS qui en reçoivent 3.000 par mois.
C : A Kalemie, toujours au Katanga, nous commençons en mars 2003 un programme,
avec un CNT d'une capacité de 80 personnes par mois, et 4 CNS d'une capacité
totale de 500 personnes par mois.
2 / L'Hyraulique, trois programmes :
A : Programme de
transport et mise à disposition d'eau potable sur l'axe Beni-Erengeti
pour 30.000 déplacés. Ce programme s'est terminé le 15 mars 2003, après
2 mois et demi.
B : Programmes d'aménagement de source et aménagement d'adduction
sur l'axe Magina-Teturi, pour les 86.000 personnes (déplacées et résidentes)
de la zone.
C : Projet de construction d'un système d'alimentation d'eau potable
comprenant, captages, adductions, réservoirs, distribution et stations
de traitement pour 200.000 personnes.
3 / Distribution d'aide
alimentaire (farine, haricots, sucre, huile, sel) pour 40.000 personnes
déplacées sur l'axe Beni-Erengeti.
As-tu ramené de
cette mission un souvenir marquant ?
Oui, je me trouvais un jour au CNT de Kongolo, et j'ai assisté à l'arrivée
de personnes qui avaient commencé depuis plusieurs semaines, et qui s'est
poursuivi sur deux mois. Ces personnes venaient de nos CNS, où on les
avait dépistées. Cette arrivée incessante de personnes dans un état nutritionnel
grave, avec des pathologies de malnutrition sévère, Kwashiorkor, marasme,
qui étaient nu-pieds, en guenilles, avec les adultes aussi atteints que
les enfants, m'a marqué. D'autant que les équipes de SOLIDARITES, volontaires
et employés congolais, étaient sollicitées 24 Heures sur 24, surmenées,
pour accueillir, prendre en charge en fonction de l'état, soigner, loger
toutes ces personnes.
Quels sont tes
projets ?
Me reposer ! Et puis
repartir en mission. Je ne sais pas encore où, quand, ni comment…
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