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Entretiens
réalisés par Véronique Sentilhes en août 2004
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Interview de Jérôme Mabingu Mambo, chef d'usine, Régie des Eaux de Béni , RD Congo Quels sont les principaux problèmes en alimentation en eau de la ville de Béni ? La population n'a pas accès à suffisamment d'eau. La production actuelle de l'usine est irrégulière et pas suffisante. Elle fonctionne quelques jours par semaine, quelques heures par jour. Plus de 90 % des familles s'approvisionnent donc exclusivement dans les rivières souvent polluées, ou à des sources et des puits parfois très éloignés.
Nous sommes en saison sèche et l'eau manque pour les 176 000 habitants. Les femmes partent tôt…elles commencent à 2h du matin. Il y a souvent la queue au puit ou à la source. Elle ramène sur le dos des bidons de 20 litres pendant 5 à 6 kilomètres. C'est un dur travaille pour avoir de l'eau propre pour sa famille dans une zone urbaine ou l'eau de rivière est polluée car la densité de la population est trop importante. Que pensent les habitants du projet actuellement en cours de réalisation par Solidarités afin d'apporter de l'eau potable pour tous ? Cela n'est plus un rêve, deux captages ont été faits, un à Biautu l'autre à Matepe. Le chantier de la station de traitement est déjà bien commencé. Quand on dit aux gens que cela va permettre d'avoir de l'eau 24 heures sur 24, ils croient que vous plaisantez. C'est du jamais vu ici. Tout le monde attend cette eau propre à bras ouvert. On a soif de cette eau là. Est-ce que la population comprend pourquoi il va falloir à chaque borne fontaine participer au financement de l'eau ? Nous sommes en train de sensibiliser la population par la radio, la télévision, lapresse et avec des sketchs dans les écoles. Pour chaque borne fontaine un comité de gestion sera formé et en charge d'informer et sensibiliser la population sur l'utilisation de cette eau, la maintenance de l'exploitation. Grâce à Solidarités et l'Union Européenne on nous a offert ces installations ; à nous maintenant d'en garantir l'exploitation et la maintenance. Le prix va être lié au faible pouvoir d'achat de la population. Nous devons faire comprendre à tous que le prix de l'eau est lié à un service rendu. Pour l'entretien on doit acheter des matériaux et produits et des gens doivent travailler, donc il faut de l'argent pour payer tout cela. Ces installations captages et usines de traitement, c'est notre patrimoine et chacun doit participer à sa maintenance. Que va changer cet accès à l'eau potable pour les familles ? C'est un véritable soulagement de ne pas se lever à 2h du matin et faire jusqu'à 6 kms en portant un bidon de 20 litres d'eau sur le dos. Les mamans qui sont en charge de l'approvisionnement en eau pourront passer plus de temps au champ. Plus de temps pour cultiver, plus de nourriture à manger et surtout plus de revenu pour la famille.
Tout
à très bien démarré et tout va dans le bon sens cartoute la population
est concernée. Tout le monde se sent impliqué : les intellectuels, chefs
d'entreprises, hommes d'affaires, clergé, pasteur…tout le monde attend
cette eau et est prêt à donner un coup de main à la région. Pour la pose
de la première pierre de la station de traitement, nous avons même eu
la visite du Ministre de l'Economie qui va parler de ce projet au Conseil
des Ministres. On espère qu'il n'y aura pas de blocage pour arriver à
la fin de ce projet et voir couler les 84 bornes fontaines. Dieu soit
avec nous et d'ailleurs il est déjà avec nous car les choses évoluent
bien. Que souhaitez vous dire d'autre sur ce projet ? Je remercie
Solidarités car vous avez réussi à trouver le financement et les compétences
pour ce projet qui va changer nos vies et en plus vous avez créé beaucoup
de travail ici en embauchant des d'employés locaux. Après ce projet, nous
souhaiterions que vous nous aidiez à réaliser d'autres projets. Par exemple
les routes. Après 10 ans de guerre, les routes sont devenues impraticables.
Sans route pas d'activité économique. Ici le sol, la terre est très riche
et nous pourrions cultiver. Sans routes, il n'y a pas d'écoulement possible
pour les vivres. Le Rwanda et le Burundi, nos pays voisins sont plus prospères
car ils ont des routes. Nous sommes en processus de pacification alors
il faut tout faire pour que l'économie démarre. Interview de Patrick Muhindo, responsable de la sensibilisation de la population à l'accès à l'eau potable et des partenariats avec les prestataires et autorités locales. Nous devons informer, éduquer et communiquer sur la mise en place de ces 84 bornes fontaines présentent dans 18 quartiers regroupés en 4 communes. Cette sensibilisation a comme objectif de faire évoluer les comportements, attitudes et pratiques. A chaque eau son utilisation. Par exemple, l'eau de la rivière pour laver la maison, le vélo, mais à ne pas boire sinon on tombe malade. L'eau de la borne fontaine à utiliser pour boire, faire la cuisine, la toilette, mais pas pour nettoyer les vêtements. D'autre part nous devons expliquer aux gens que la borne fontaine doit être entretenue et qu'il faut payer pour garantir la pérennité de cette exploitation. Quels supports de communication allez vous utiliser ? Nous avons développé des posters (voir photo) et à l'aide de dessins nous allons expliquer comment utiliser chaque type d'eau : l'eau de la rivière, l'eau du puit, l'eau de la source, l'eau de la borne fontaine. Nous avons fait des annonces informatives que nous passons sur les radios locales : RTGB et Mungano. Un clip vidéo va être diffusé à la télévision. Nous allons faire un film dans les quartiers sur la prévention des maladies hydriques et des émissions radio. Des articles ont été publiés dans la presse locale et nous allons continuer à en faire publier. Des panneaux de sensibilisation proches de chaque borne fontaines sont prévus. Pour faire passer quel message ? Il faut que tous puissent comprendre que l'eau potable en provenance de la borne fontaine est différente de l'eau "sale" de la rivière qui transporte de nombreuses maladies. Nous devons expliquer pourquoi il faut changer ses habitudes et la chance d'avoir accès à cette eau sans faire des kms avec son bidon de 20kilos sur le dos. Exemple de contenu d'une annonce : l'eau à la portée de tous 24h sur 24, l'eau de qualité qui vient de la montagne, une participation financière communautaire.
Nous avons 1 an pour informer, éduquer 176 000 personnes. En mai 2005 quand les pompes fonctionneront, tous ensemble nous devons bien utiliser cette eau si précieuse. Comment allez vous mesurer les résultats ? Nous allons ces prochains jours lancer une enquête que nous avons prévue de renouveler deux autres fois afin de voir comment est perçue et comprise cette sensibilisation. Les chiffres obtenus devraient régulièrement progresser pour atteindre l'idéal de 100% d'information reçue et comprise par tous. Après nous devrons suivre les comportements aux bornes fontaines avec les responsables des comités.
A l'aéroport une personne m'a dit que Solidarités était entrain de construire un monument pour Béni et que tous ici s'en rappelleront longtemps. Pourquoi ce projet d'accès à l'eau potable est il comparé à un monument ? L'eau
potable est ici un problème majeur. Comparer les installations en train
d'être mises en place à un monument c'est symbolique pour parler de quelque
chose qui va être durable, qui laisse une empreinte forte. L'eau potable
: un monument pour longtemps.
Je suis arrivé chez Solidarités en Décembre 2003 grâce au site internet de Coordination Sud puis celui de Solidarités. Quelles sont tes expériences précédentes ? J'ai été un an en mission avec la Croix Rouge de Belgique à Kigali, Rwanda en tant qu'administrateur de programme de projets socio éducatif pour des enfants non accompagnés 7 ans après le génocide et pour les enfants des rues. Après j'ai fait deux missions pour Médecin Sans Frontières Belgique. Une première de 10 mois en Angola à Kuito ou j'étais administrateur finance de l'ensemble des projets MSF Belgique. Une deuxième mission de 3 mois en Sierra Leone, étant le coordinateur terrain pour un programme de soutien dans un hôpital provincial. En quelques mots, peux tu nous expliquer ton travail ici à Goma ? Je suis le coordinateur administratif de la mission Solidarités en RD Congo. Cela consiste d'une part à assurer la gestion financière de la mission : gestion de la trésorerie, comptabilité, suivi budgétaire des programmes de la construction du budget au rapport final pour les bailleurs. Pour vous donner une idée, le budget de la mission RD Congo est supérieur à 3 millions d'euros sans compter les dons en nature très important en provenance du PAM essentiellement. D'autre part, je suis en charge des ressources humaines soit une vingtaine de poste d'expatriés à pourvoir pour une durée moyenne de 6 mois et de 200 à 250 employés locaux répartis sur les 5 bases ici dont 4 opérationnelles. Comment fait on pour vivre et travailler dans un des pays les plus pauvres du monde (226 sur les 227 recencés par les Nations Unies en PNB/hab) où l'eau et l'électricité sont peu présents ? L'eau et l'électricité sont rares mais pas pour nous. Nous avons un groupe électrogène pour suppléer les nombreuses coupures et des tanks d'eau de réserve . Il faut donc plutôt accepter d'être privilégier alors que nous venons aider les plus vulnérables. Un écart de niveau de vie qu'il faut gérer. Nos conditions de vie à Goma sont très bonnes, sur les bases opérationnelles c'est parfois plus du type " camp scout " où par exemple on se douche au bros d'eau. Le RD Congo est dans une phase post guerre de pacification. Dans quel contexte de sécurité travailles tu ? Il y a une série de règles préventives que l'on doit respecter, chacune liée à un niveau de sécurité. Il faut s'y plier. Cela est parfois contraignant. Pendant trois mois on peut être amené à ne vivre que dans des lieux restreints entre sa maison qui fait aussi bureau et un ou deux autres endroits sécurisés avec des gardiens. C'est un peu dur mais cela est du au manque de sécurité. Parfois on tourne en rond toujours au même endroit ; J'ai ressenti cela aussi en Angola car l'endroit était infesté de mines et il n'y avait pas de possibilité de sortir dehors pour se promener. Cela à la longue pèse car, quand on ne peut pas faire autre chose ; on ne fait que travailler... même les week end. Comment vies tu ces contraintes ? Je les accepte assez bien car j'essaye de faire du sport le WE : football, pétanque, badminton... Souvent pris par le rythme du travail on a tendance à oublier le contexte d'insécurité. Comment arrives tu à rester vigilant ? Il faut rester vigilant sans pour autant devenir parano. Le problème le plus important peut être, c'est la banalisation du danger. On doit rester en contact avec la réalité, les informations et ne pas oublier que l'on reste une cible potentielle de par l'écart de richesse qui peut attirer certaines personnes.
L'aspect très volontaire, très engagé des gens. Un côté très ambitieux, où l'on va chercher les besoins des populations pour y répondre. Exemple le nouveau programme que nous allons sans doute mener avec l'Unicef pour essayer d'évaluer et se les besoins d'urgence des populations au Nord Kivu. Le risque de l'action humanitaire c'est que parfois on n'a pas toujours les moyens de ces ambitions et l'on peut alors se lancer dans des projets trop importants sans pouvoir les mener à bien.
Pourquoi faut il soutenir l'action humanitaire de Solidarités ? Par dignité et solidarité humaine. On leur montre que nous ne sommes pas indifférent à leur souffrance, on ne les abandonne pas. On cherche à leur donner les moyens de se reconstruire eux même. L'aide humanitaire permet de redonner espoir.
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