Rencontre avec François Dupaquier

François Dupaquier est revenu en septembre 2004 d'une mission de 5 mois en République Démocratique du Congo

Quelle est ta formation ?

Je suis titulaire d'une maîtrise de droit international, d'un DESS d'action humanitaire et d'un DU de Droit international obtenus à Aix-en-Provence.

Quelles sont tes expériences dans l'humanitaire ?

J'ai d'abord été assistant de Benoît-Xavier Loridon sur le desk Afrique au siège de SOLIDARITES, avant de partir un an en Afghanistan en tant que responsable de la base de Yakawlang puis comme coordinateur de programmes sur Mazar-I-Sharif. Je rentre d'une mission d'évaluation/ouverture de 5 mois en RD Congo, où j'ai été chargé de mener des évaluations et d'écrire des projets en eau et assainissement afin d'ouvrir une nouvelle base dans le district de l' Ituri, à l'Est du Pays.

Comment se sont passés les premiers contacts (population, équipe) en RD Congo ?

J'ai été très bien accueilli, tant par l'équipe que par la population locale. L'équipe est très dynamique et la tâche est énorme. La mission en RD Congo est la plus grosse mission de SOLIDARITES et la recherche de nouveaux programmes ainsi que de leur financement est une nécessité constante.
La population, quant à elle, a subi un très grand traumatisme et l'on ressent chez eux une grande lassitude de la guerre, des violences répétées et, bien sûr, un grand denuement.
L'Ituri est un district très instable, marqué depuis 2002 par des violences ethniques qui se rapprochent par leur barbarie du génocide rwandais de 1994. Comme souvent, les populations ont été les premières victimes des évènements, fuyant par milliers les combats, laissant tout sur place. Ces déplacés amorcent juste leur retour sur leur lieu d'origine et se retrouvent sans aucun moyen de subsistance, leurs maisons ayant pour la plupart été pillées et brûlées.
La situation de la RD Congo est complexe et contradictoire. La population vit dans une pauvreté immense à l'intérieur d'un pays très riche. La terre est fertile mais la guerre a fait perdre tout moyen de la cultiver. La situation sanitaire est dramatique. Les ressources minières sont énormes mais la population n'en tire aucun bénéfice. La malnutrition est une préoccupation majeure.
Les cruautés innommables quotidiennes, les déplacements continuels des populations font que la situation est toujours très tendue et conflictuelle. C'est un pays qui a tout avec des gens qui n'ont rien.
Le travail de SOLIDARITES est vital pour les populations. Un jour que nous effectuions une évaluation au Kasai Oriental, nous avons croisé un père transportant ses trois enfants et sa femme sur son vélo. Il se dirigeait vers le Katanga, province voisine, jusqu'au centre nutritionnel de SOLIDARITES, afin de faire prendre en charge ses enfants. Cette semaine de voyage pouvait se révéler fatale pour ceux-ci, qui présentaient de graves signes de malnutrition.
A notre retour, nous avons recroisé la famille et prévenu d'urgence l'équipe SOLIDARITES du Katanga pour envoyer un véhicule les chercher. A leur arrivée, les enfants ont été pris en charge par nos équipes.

Quelle était ta fonction en RD Congo, et quels enjeux représentait ta mission en terme de programme?

J'étais " évaluateur ", c'est à dire chargé d'analyser la situation humanitaire et de déterminer les besoins premiers des populations. Ma tâche consistait donc à écrire des projets qui ont ensuite été déposés auprès de bailleurs de fond dans l'espoir de trouver des financements. C'est un travail passionnant car il demande une grande mobilisation intellectuelle, de la curiosité et de la perspicacité. Il implique de rentrer intimement en contact avec les populations.
L'ouverture de la base en Ituri et le lancement de programmes d'accès à l'eau et à l'assainissement suivaient le même objectif : s'installer dans la savane au plus près des besoins des bénéficiaires que l'on vient aider.
Ma fonction au sein d'une mission en place consiste à donner un appui aux volontaires qui travaillent déjà énormément sur les projets en cours et qui n'ont pas toujours le temps d'effectuer ces évaluations essentielles au développement de nouveaux programmes. C'est un des devoirs de notre association vis à vis des populations démunies.

L'Afghanistan et à la RD Congo ont en commun une guerre longue et complexe. Peut-on comparer ces deux situations ? Venant d'Afghanistan, comment as-tu perçu la situation humanitaire en RD Congo ?

Les deux situations ne sont pas comparables. Une des différences majeures est l'intervention permanente de nombreux pays étrangers dans le conflit en RD Congo qui a largement dépassé le cadre de ses frontières. La lutte pour le contrôle des richesses du Congo fut, et reste, un moteur important de l'intervention et de la manipulation étrangère sur le sol congolais. Et puis le Congo est un pays gigantesque, grand comme 80 fois la Belgique. Cette composante ajoute à la complexité de la situation. Les perspectives d'avenir sont délicates et la reconstruction, de ce fait, sera très longue. La situation y est tout à fait imprévisible, tout peut éclater très vite. Il est très difficile d'anticiper les évènements. Plus difficile que ce le fut en Afghanistan.
En Afghanistan les gens sont très combatifs pour leur survie. Des conditions climatiques terribles ont forgé un caractère rude chez les Afghans. C'est un pays qui n'a que rarement connu la paix. En revanche, la guerre a profondément surpris les congolais, peu préparés. On ressent un grand traumatisme chez ces populations.

La question de la sécurité fait l'objet d'une attention et d'une gestion attentive et rigoureuse sur chaque mission. As-tu perçu des différences d'approche entre l'Afghanistan et la RD Congo ?

Bien sûr, le fait d'être considéré comme une cible par certains groupes extrémistes en Afghanistan impose des règles de sécurité draconiennes. Mais ce risque n'est pas perceptible au quotidien. La situation en Afghanistan reste instable - le pays est toujours en situation de conflit, notamment au sud - mais il est plus facile de prévoir les violences qu'en RD Congo, car, bien que fréquentes, elles restent somme toute assez rationnelles. Les miliciens congolais, eux, sont totalement désemparés, ils n'ont rien pour manger ni pour vivre, et se servent de leurs armes pour piller et voler pour survivre. La problématique des enfants soldats, souvent drogués, rajoute au climat d'insécurité au jour le jour.
Les politiques de déstabilisation des pays frontaliers à la RD Congo, qui tentent de s'approprier les richesses du pays, maintiennent ce climat d'instabilité.

Quels sont les besoins les plus urgents de la population en RD Congo ?

Le pays a été entièrement dévasté par la guerre, il ne reste plus rien. C'est un départ au point zéro, il faut tout reconstruire.
Le plus urgent est la sécurité alimentaire, l'approvisionnement en eau potable et l'assainissement. Il faut redonner les moyens aux gens de se remettre au travail. La population est en très grande partie composée d'agriculteurs. Mais la région reste extrêmement militarisée, les gens sont désœuvrés et ont besoin de biens de première nécessité.
Ils sont dans l'expectative de la paix, mais le contexte difficile développe des haines. Ils se font régulièrement agresser, ce qui les empêchent encore de se projeter dans l'avenir. Le processus de reconstruction est très délicat, le pays reste en péril. La présence internationale est indispensable pour stabiliser la situation.
La volonté de reconstruction existe, mais la population a peur de tout reperdre. Le traumatisme de la guerre fait que les Congolais ne s'investissent pas toujours suffisamment dans la reconstruction. La malnutrition est apparue de manière très importante. Avant la guerre, le pays était relativement riche, il disposait de nombreuses infrastructures, pour certaines très modernes. J'ai été frappé de voir un hôpital flambant neuf se faire détruire en un rien de temps. Tout comme l'Afghanistan, la guerre a fait régresser la RD Congo à son niveau du siècle dernier. Il est très surprenant de voir qu'ils ont perdu autant si rapidement. Les pilleurs sont très efficaces dans leur destruction.
Une des missions les plus importantes est celle destinée à l'enfance. Le désarmement est en cours mais l'opération est complexe et longue. L'enrôlement forcé des enfants continu ; ils sont enlevés dès leur plus jeune âge et commettent des meurtres et des massacre d'une atrocité insoutenable. Ces enfants ont peu de chance de retrouver une vie normale, c'est pourquoi il faut enrayer l'enrôlement en même temps que désarmer les milices locales.
La problématique des enfants soldats n'est pas en tant que telle du domaine d'intervention de SOLIDARITES. Il reste que les enfants sont une cible première de notre action car ils sont les plus vulnérables.

 

Notre action en RD Congo



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