INTERVIEW
Matthieu LACOURT est parti en tant que logisticien avec notre équipe d'urgence au Pakistan. A son retour, il témoigne :
1) Sur quelles autres missions SOLIDARITES es-tu parti avant le Pakistan ?
J'ai d'abord effectué une mission au Soudan où j'étais responsable de base à Nertiti, au Darfour Ouest. J'y suis resté sept mois de juillet 2004 à janvier 2005. Je suis ensuite parti pour une mission d'évaluation et de distribution de produits de première nécessité en République Démocratique du Congo jusqu'en septembre 2005. J'ai une formation initiale en ingénierie génie mécanique.
2) Qu'est-ce qui caractérise la situation humanitaire telle que vous l'avez trouvée en arrivant au Pakistan ?
Tout le monde pense surtout à la région du Cachemire, mais elle n'est pas la seule touchée. Nous travaillons, pour notre part, dans la région appelée North West Frontier Province, voisine du Cachemire. La région compte une infinité de petits villages épars dans les montagnes, la densité de population au Pakistan est d'environ 400 habitants au kilomètre carré.
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De nombreux villages ont été complètement ravagés, il n'y a plus une maison debout, aucune construction n'était vraiment aux normes. Les ruines sentaient la mort, le cadavre. Des centaines de corps n'ont pas été retrouvés et ne le seront que lors du déblaiement des gravats. Certaines routes de montagne en bordure de falaises se sont effondrées, ce qui rend l'accès aux villages de montagne très difficile. |
Pour résumer, les gens ont surtout perdu leurs maisons et ont été traumatisés car les tremblements de terre sont exceptionnels dans la région. Les gens sont effrayés par les répliques sismiques qui ne cessent pas, à raison, encore aujourd'hui, d'une par semaine environ. Les experts pensent que ces répliques ne cesseront pas tant qu'une nouvelle grosse secousse n'aura pas lieu.
3) Quels sont les besoins les plus urgents ?
Le premier besoin était le besoin de tentes, qui a rapidement été comblé par l'aide internationale sur le camp de Mera où nos équipes travaillent. En second lieu, vient le besoin en eau car les gens des montagnes descendent dans les plaines et forment des camps. Habitués à boire l'eau des rivières de montagne, ils font de même dans la plaine où l'eau est moins pure et plus facilement poluable. S'ils continuent à l'utiliser, le risque de développement de maladies hydrique est élevé.
Les besoins alimentaires existent mais ils ne sont pas extrêmement importants, ils ne constituent pas la priorité absolue de l'aide.
4) Quelles sont les contraintes et difficultés auxquelles l'équipe SOLIDARITES est confrontée ?
Les gens qui se retrouvent dans les camps viennent de petits villages montagnards, ils ne sont pas habitués à la promiscuité, notamment les femmes qui, culturellement, ne souhaitent pas sortir des tentes. Une autre ONG avant SOLIDARITES avait construit des latrines à 50 mètres du camp mais personne ne les utilisaient, considérées comme trop éloignées. SOLIDARITES va donc en construire de nouvelles dans les camps et travailler à la promotion de l'hygiène pour éviter les épidémies lorsque les saisons chaudes reviendront.
5) Quelle est notre action, précisément, sur le terrain ?
En premier lieu, nous distribuons 160 000 litres d'eau potable par jour sur le camp de Mera qui compte 15 000 personnes. SOLIDARITES y étend et répare un réseau d'eau déjà installé avant son arrivée. Nous utilisons les techniques habituelles de distribution : distribution d'eau par camion, bladders (réservoirs souples), bornes fontaines… Le but à terme est de remplacer ces techniques d'urgence par la mise en réseau de l'eau du puits du camp. |
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Nous construisons également des latrines, comme je l'ai déjà dit, des douches et des aires de lavage pour le linge. Nous devons également faire de l'éducation à l'hygiène. Les gens qui vivent dans les montagnes très froides ne sont pas habitués à se laver durant l'hiver. Or, dans les plaines, les températures sont nettement supérieures. C'est pour cela que nos équipes distribuent des « kits hygiène » contenant savon, dentifrice, peignes anti-poux, etc.
Nous mettons également en place un réseau d'eau pour 1500 personnes sur un second camp : Batera. Sans oublier la réhabilitation dans les villages des réseaux d'eau détruits par le séisme ou déjà très vétustes avant la catastrophe.
6) Quelle évolution de la situation humanitaire, des besoins, et de nos programmes au Pakistan peux-tu prévoir ?
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On espère que les gens pourront rentrer chez eux dès la fin de l'hiver. La seconde phase de nos programmes sera donc la reconstruction et d'une manière plus générale l'accompagnement des populations dans leur retour dans les villages. Les conditions climatiques sur les camps de Mera et Batera sont actuellement supportables. Les températures sont douces la journée et si le thermomètre atteint zéro la nuit, les rescapés disposent de trois couvertures par personne sur le camp de Mera. |