Anne Bideau vient de terminer une longue mission au Libéria pour SOLIDARITES en tant que chef de mission. Entretien avec une volontaire exemplaire

Quelle a été la durée de ta mission au Libéria ?
Je suis arrivée le 10 décembre 2003, et je suis repartie le 31 octobre 2004, soit 11 mois, presque un an !

Après l'expérience de la Macédoine, dont tu as précédemment dirigé la mission de SOLIDARITES, quel parallèle fais-tu avec la situation que tu as trouvée au Libéria ?
Ce n'est pas du tout le même contexte historique. Il y a eu 14 ans d'une guerre civile atroce au Libéria, alors qu'en Macédoine il y a eu 6 mois d'affrontements. Sur le plan humanitaire, alors qu'on était sur une problématique de reconstruction en Macédoine, nous sommes au Libéria sur de l'urgence et de la post-urgence.

Justement, comment définirais-tu la situation humanitaire au Libéria ?
C'est une crise humanitaire complexe, qui est le produit de nombreux facteurs :
- 14 ans de guerre
- Non-développement et destruction du pays, des infrastructures et de la société civile. A titres d'exemple, un an après la fin de la guerre civile, il n'y a toujours pas d'eau potable courante et d'électricité dans la capitale Monrovia.
- Déplacements massifs de populations.
- Absence de moyens et d'éducation à l'hygiène de base, ajoutée à la non-couverture des besoins élémentaires, et particulièrement de l'accès à l'eau potable, entraînant la présence de malades hydriques et d'épidémies.

Pourquoi avons-nous décidé de mettre en place un programme dans la région de Buchanan, puis dans celle de Harper ?
La zone de Buchanan a été l'une des premières zones ouvertes aux humanitaires à la fin de la guerre, avec peu de présence d'ONG et un afflux de personnes déplacées (c'est la 2ème zone de concentration urbaine du pays). La région de Harper, proche de la frontière avec la Côte d'Ivoire, est l'une des plus isolée (2 jours de pistes quasi-impraticables en saison des pluies, depuis la capitale Monrovia). Il n'y a pratiquement aucune ONG, et cette région a été l'une des plus exposée à la guerre, avec des mouvements de populations massifs vers la Côte d'Ivoire (il y 42.000 réfugiés originaires du Comté de Maryland, dont Harper est le Chef-lieu, en Côte d'Ivoire). Nous préparons leur retour, car il faut savoir que les infrastructures d'accès à l'eau potable sont dans cette zone insuffisantes pour la population actuelle, alors que c'est une zone de choléra endémique. Il y a donc de graves risques d'épidémies pour le retour des réfugiés chez eux, retour dont le processus a commencé le 1er octobre 2004.

Quel est le bilan de notre programme à Buchanan, maintenant terminé ?
L'objectif de ce programme était de permettre l'accès et la gestion autonome de l'eau potable sur la région, avec la mise en place de comités villageois de gestion de l'eau et de maintenance. Nous avons, concrètement :
- Construits ou réhabilités 117 puits dans autant de villages
- Installé 100 nouvelles pompes à eau villageoises
- Distribué 5.000 jerricans, soit un jerrican par foyer.
L'ensemble du programme a bénéficié à 50.000 bénéficiaires, dans 117 villages des 6 districts du Comté de Grand Bassa, dont Buchanan est le Chef Lieu.

Quels sont les objectifs du programme que nous commençons sur Harper ?
Il s'agit de diminuer radicalement la mortalité liée aux maladies hydriques et manque d'hygiène sur la zone, et préparer le retour de plus de 42.000 personnes chez elles. Cela va passer par :
- La construction de 125 puits dans autant de villages des principales zones de concentration de population de la région.
- La mise en place de 30 latrines publiques dans les principaux hôpitaux, écoles et marchés.
- Une campagne d'éducation à l'hygiène et la mise en place de comités des gestion et de participation communautaire : il faut savoir que les gens bénéficiant du programme participent aux travaux, et des volontaires relaient le message de promotion des règles de base d'hygiène et santé. L'idée est de pérenniser notre action au-delà de la durée du programme, afin de rendre les populations autonomes.

Quelle a été la principale difficulté rencontrée dans la mise en œuvre des programmes ?
Le défi logistique d'un pays ravagé par 14 ans de guerre, sans infrastructures et moyens de communication (routes, ponts).

As-tu un souvenir particulièrement marquant ?
Dans un village de la région de Buchanan, où nous avons creusé un puits, une délégation des habitants est venue au bureau de SOLIDARITES pour nous remercier en nous chantant une chanson composée pour l'occasion !