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Source: Libération
Date: 21 Mar 2003
Les ong se préparent
au pire
Exode, famine, médicaments
rares : elles craignent une crise humanitaire.
«La population
est déjà en situation de crise humanitaire et ne
pourra pas s'en sortir si une nouvelle crise vient s'ajouter à
la première.» Ce constat dressé, à
la veille du déclenchement des hostilités, par l'association
internationale Care, présente en Irak depuis la première
guerre du Golfe, est partagé par l'ensemble des organisations
humanitaires. Après douze ans d'embargo, les Irakiens,
exténués, sont au bord de l'effondrement. Vont-ils
fuir massivement le pays ? En ont-ils seulement la force ?
Camps d'accueil. L'ONU prédit
un exode vers les pays limitrophes de l'Irak de 600 000 à
1,4 million de personnes. Hier, un premier groupe de 200 personnes
a rallié, au terme d'un voyage en bus de dix-huit heures,
la frontière jordanienne, où le gouvernement a établi
deux camps d'une capacité d'accueil de 10 000 personnes.
Ces derniers mois, les organisations internationales ont «prépositionné»
des personnels et des vivres tout autour de l'Irak. Mais elles
ne semblent pas actuellement en mesure de faire face à
un afflux massif de réfugiés. Le Programme alimentaire
mondial, qui a lancé un appel à hauteur de 23 millions
de dollars, n'a reçu que 7 millions à ce jour. Le
Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU a engrangé
20 millions de dollars sur les 60 millions demandés. Refusant
de cautionner à l'avance «la logique de guerre»,
de nombreux bailleurs de fonds, telle la France, ont retardé
le déblocage de leurs fonds.
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Hier, Kofi Annan a suggéré au Conseil de sécurité
de lui octroyer «les pleins pouvoirs»
pour gérer l'assistance humanitaire en Irak. Le secrétaire
général de l'ONU demande notamment que «tous
ceux qui sont concernés» garantissent aux
humanitaires leur liberté de mouvement. Cet appel s'adresse
d'abord aux Américains qui ont affirmé leur volonté
de contrôler l'accès aux «zones sécurisées»
au préalable par leurs soldats.
A ce stade, les ONG s'inquiètent surtout du sort des déplacés
à l'intérieur de l'Irak. «Même
si 1,5 million d'Irakiens s'enfuient et passent les frontières,
il est probable que les 24 autres millions restent dans leur pays»,
indique-t-on à Care. «La
classe moyenne n'a plus les moyens financiers de fuir à
l'étranger, explique Jean-Yves Troy, responsable
du programme Irak chez Première Urgence. Ceux
qui le pouvaient sont déjà partis.»
Après le retrait, mardi, des personnels des Nations unies,
seules une poignée d'associations le Comité
international de la Croix-Rouge (CICR), Care, Médecins
sans frontières, Médecins du Monde, Première
Urgence s'apprêtent à faire face sur place
à une catastrophe humanitaire jugée inévitable
.
Selon les estimations de l'ONU, 16 des 26 millions d'Irakiens
dépendent «à 100
%» de l'aide gouvernementale pour leur survie. Le
pays disposerait d'à peine un mois de réserve en
nourriture. La guerre et l'effondrement du régime vont
totalement désorganiser les circuits de distribution et
entraîner une hausse drastique du prix des denrées.
Certaines régions devraient être touchées
par la famine. Les services de santé, déjà
en plein marasme, seront rapidement débordés. Après
trois ou quatre semaines de conflit, les hôpitaux n'auront
plus de médicaments. La guerre survient par ailleurs dans
un environnement sanitaire extrêmement dégradé.
Selon les chiffres fournis par le ministère irakien de
la Santé, repris par Care, entre 1989 et 2000 les cas de
typhoïde recensés seraient passés de moins
de 2000 à plus de 24 000, le nombre de dysenterie amibienne
de 20 000 à près de 650 000.
Sous-nutrition. Dans un rapport
publié fin janvier, un groupe d'experts indépendants
(1) s'alarmait également du sort réservé
aux enfants, avertissant que la guerre aurait sur eux «un
impact dévastateur». Près de 500 000
enfants, indiquent ces experts, sont déjà en état
de sous-nutrition chronique. Le taux de mortalité infantile
en dessous de 5 ans est aujourd'hui deux fois et demie plus important
qu'en 1990. Les dégâts sont aussi psychologiques
: plus de la moitié des enfants interrogés, fin
janvier, par ces experts disaient souffrir de problèmes
de sommeil. Dépressifs, 40 % pensaient à l'époque
que «la vie ne vaut pas la peine
d'être vécue».
(1) Our Common Responsability. The
Impact of a New War on Iraqi Children, International Study
Team, 30 janvier 2003. Disponible sur www.warchild.ca
Par Thomas HOFNUNG
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