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Source : Le Monde
Date : 12 Mars 2003
Les
ONG s'inquiètent de l'insuffisance des projets d'assistance
à la population civile
De six mille à 261 000 morts, de 20 000 à 672 000
blessés, de 600 000 à 1 450 000 réfugiés
: les missions d'experts menées récemment sur le
territoire irakien et dans les pays voisins aboutissent à
des prévisions aussi floues que terribles. Pour établir
leurs conclusions, les Nations unies et les grandes organisations
humanitaires tablent sur une hypothèse réputée
réaliste : un scénario militaire "de moyenne
intensité", à savoir un conflit d'une durée
de trois mois au maximum, concentré dans les zones pétrolifères
du sud de l'Irak et à Bagdad, et menaçant rapidement
l'accès à l'eau, l'énergie, les installations
sanitaires et l'alimentation des populations civiles. "L'écroulement
des services publics essentiels (...) pourrait mener à
une crise humanitaire d'une dimension bien supérieure aux
capacités des Nations unies, comme des autres organisations",
résument des experts de l'ONU. L'organisation Human Rights
Watch s'inquiète pour toute la région : la plupart
des pays voisins de l'Irak (Iran, Jordanie, Turquie, Koweït...)
ont mis au point des structures d'accueil qui risquent de s'avérer
très insuffisantes. L'Arabie saoudite, elle, a fait savoir
qu'elle n'admettrait aucun réfugié.
A l'exception de quelques organisations (Oxfam, Médecins
sans frontières...), plus indépendantes sur le plan
financier, les groupes financés par les structures multilatérales
ou les Etats n'ont pas reçu le feu vert politique dont
elles ont besoin pour obtenir des moyens.
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En revanche, un consortium d'ONG américaines a déjà
reçu 2 millions de dollars, tandis qu'un centre humanitaire
américain a ouvert ses portes au Koweït. De nombreux
stocks de nourriture et de médicaments y ont été
constitués. L'Office de reconstruction et d'assistance
humanitaire (ORHA), créé au sein du ministère
américain de la défense pour coordonner les structures
d'aide, bénéficiera pour sa part d'une enveloppe
de 100 millions de dollars, en attendant, lorsque la guerre sera
déclarée, le vote par le Congrès d'un plan
budgétaire d'urgence qui pourrait atteindre plusieurs milliards
de dollars.
DIVISIONS EUROPÉENNES
De quoi alimenter la crainte, exprimée par plusieurs ONG,
d'une militarisation de l'aide par les Etats-Unis : comparées
aux plans américains, les initiatives de l'ONU ou de l'Union
européenne semblent, il est vrai, dérisoires. Les
différents projets de l'ONU (pour l'Unicef, le HCR, le
Programme alimentaire mondial) sont de 2 à 5 fois inférieurs
aux dispositions fixées dans un "Plan d'urgence pour
l'Irak" établi par le Bureau de coordination humanitaire
des Nations unies. Un appel en vue de la récolte de 120
millions de dollars a été lancé, sans grand
succès jusqu'ici.
Du côté européen, ECHO, le programme d'action
humanitaire de l'UE, est prisonnier de la logique politique des
Quinze, divisés sur le conflit irakien et ne pouvant, dès
lors, se mettre d'accord sur un plan d'assistance. Trois Etats
seulement (Suède, Danemark et Pays-Bas) ont communiqué
le niveau de leur soutien financier à une action pour l'Irak,
au-delà des initiatives actuelles (22,9 millions d'euros
cette année, incluant l'aide bilatérale). Constanza
Adinolfi, la directrice d'ECHO a, du coup, évoqué
récemment "l'impréparation totale de l'Union
face aux conséquences humanitaires d'une guerre".
Jean-Pierre Stroobants
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