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Urgence Irak
BP 100 - 75020 Paris


Source : Le Monde
Date : 9 avril 2003

La situation humanitaire se dégrade rapidement

Des ONG dénoncent la violation par les belligérants du droit de la guerre

La situation de la population de Bagdad est de plus en plus dramatique. Le nombre des victimes civiles est encore inconnu, mais les blessés arrivent par centaines dans les hôpitaux : jusqu'à cent blessés chaque heure dans le grand hôpital Al-Yarmouk, a indiqué, à Amman, David Wimhurst, du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU. De même, l'hôpital de Mahmoudiya n'est plus en mesure de traiter les nouveaux arrivants.

"Les dispensaires de banlieue étaient déjà saturés la semaine dernière, maintenant, ce sont les grands hôpitaux du centre", dit de son côté Thierry Mauricet, de Première Urgence, dont un volontaire français, Frédéric Bonamy, continue à travailler à Bagdad. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a rappelé "aux parties en conflit l'obligation qu'elles ont d'éviter les blessures aux civils".

Alors que les coupures d'électricité se multiplient, l'eau devient aussi une denrée rare dans la capitale où, selon notre envoyé spécial Patrice Claude, elle ne coule plus des robinets que deux ou trois heures par jour. La station de traitement d'eau Wathba est à l'arrêt depuis le 3 avril. Les deux grandes stations situées au nord de la ville, Saba Nissan et Qarq, semblent encore fonctionner, mais en partie seulement : le courant électrique étant coupé, l'énergie nécessaire pour faire tourner les pompes et les agitateurs ne provient que de générateurs, dont le fonctionnement n'est pas assuré.

"Nous craignons aussi que, du fait de l'insécurité, les opérateurs ne puissent se rendre aux stations, dit Robert Mardini, coordinateur eau au Comité international de la Croix-Rouge, à Genève. De surcroît, les tuyauteries acheminant l'eau dans les quartiers pourraient être détruites par les explosions." C'est effectivement ce qui a été observé par Patrice Claude en plusieurs endroits bombardés, où l'eau jaillit des canalisations explosées.


L'IMPUISSANCE ET LA COLÈRE

Le manque d'eau pourrait conduire les habitants, et particulièrement les enfants, à s'approvisionner directement dans les fleuves très pollués du Tigre et de l'Euphrate, ce qui entraîne des risques de diarrhées. "Ce risque ne peut qu'augmenter", a indiqué, à Amman, Fadela Chaib, porte-parole de l'OMS. Depuis quelques mois, des particuliers auraient cependant creusé de nombreux puits dans leurs maisons

Du côté des organisations non gouvernementales (ONG), la colère commence à monter en raison de l'impuissance à laquelle elles sont réduites par la coalition. Dans un communiqué, Enfants du monde, qui travaille en Irak depuis plusieurs années, affirme que "les grands textes de protection des populations civiles des Nations unies sont foulés au pied, ignorés, violés (convention de Genève, Convention internationale des droits de l'enfant). Le monde entier assiste impuissant à ces crimes contre des êtres sans défense. Qui peut parler de victoire dans ce conflit ?"

De même, Jean-Christophe Rufin, président d'Action contre la faim, déclare au Monde que "cette situation est un échec affreux pour l'humanitaire. Tout le droit de la guerre, qui recommande un accès pour venir en aide aux populations civiles, vole en éclats, alors que c'est une démocratie qui fait la guerre."

Du côté américain, le Bureau pour la reconstruction et l'assistance humanitaire (ORHA) a annoncé qu'une équipe de spécialistes était arrivée, mardi 8 avril, à Oum Qasr, dans le sud du pays, "pour évaluer les besoins d'aide humanitaire et établir le dialogue avec la population locale". Mais aucun flux d'aide régulier n'est encore établi à l'intérieur de l'Irak, alors que, selon un porte-parole du Programme alimentaire mondial, le port d'Oum Qasr, parce qu'il est envasé, ne peut pas accueillir des bateaux de plus de 10 000 tonnes.

Hervé Kempf

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