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Entretien avec Patrice Chataignier, qui nous parle des distributions effectuées grâce à l'opération "M6 - convoi Irak."
Entretien avec Cédric Petit, responsable évaluations au centre Irak.
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Source: Center for Economic & Social Rights, Date: 7 Mar 2003

Le coût humain d'une guerre en Irak

Le CESR (Center for Economic and Social Rights), basé à New York, est une organisation internationale non-militante, ayant pour vocation de promouvoir la justice sociale par les biais des droits de l'homme. Le CESR bénéficie d'un statut de consultant avec le " United Nations Economic and Social Council " et sert de Secrétariat pour le " International Network on Economic, Social and Cultural Rights " qui regroupe un centaine d'organisations à travers le monde.

Le CESR a récemment envoyé une équipe d'experts en Irak (du 17 au 30 janvier 2003), afin d'y effectuer un certain nombre d'évaluations et de constats quant aux conséquences prévisibles d'une guerre dans ce pays.
La conclusion qui en ressort est que la communauté Internationale n'est malheureusement pas préparée au désastre humanitaire qui se dessine en Irak.

Leur rapport est exclusivement consacré aux conséquences humanitaires d'une guerre en Irak, souhaitant ainsi informer le public et susciter un réel dialogue et une action internationale plus cohérente avec la réalité. Leur travail se base sur des recherches terrain, des renseignements de provenances diverses, des documents confidentiels des Nations Unies sur le " calendrier de l'aide humanitaire ", ainsi qu'une analyse des faits passés.

Voici en quelques points les conclusions de ce rapport. Une chose est sûre : le coût humain d'une telle guerre serait inacceptable.


1. La population irakienne est actuellement bien plus vulnérable qu'elle ne l'était en 1991, ayant souffert de 12 années de sanctions et se trouve ainsi réduite à un état de dépendance important envers leur gouvernement et l'aide internationale.
On retiendra ainsi que l'Irak est passé du 96 ème au 127 ème rang en terme d'Indice de Développement Humain des Nations Unies (UNHDI) ; aucun pays n'ayant jusqu'alors effectué une telle chute, et dans un laps de temps aussi court.
Malgré les quelques récents progrès au niveau nutritionnel, effectués grâce à l'aide internationale du " Oil For Food Program " (programme pétrole contre nourriture) et de 2 années de bonnes récoltes, 60% de la population (env. 16 millions de personnes) restent extrêmement dépendantes du système de distribution géré par l'état.


2. Les agences Internationales ne sont pas correctement préparées afin d'apporter une réponse efficace aux conséquences prévisibles de la guerre, tout particulièrement si les infrastructures civiles venaient à être détruites.
On s'attend ainsi à ce que 30% des enfants de moins de 5 ans (env. 1 million) viennent à décéder de malnutrition dans les mois qui suivront, à des destructions significatives des infrastructures-clé au centre et dans le Sud du pays, à des mouvements importants de populations réfugiées et déplacées (env. 600 000 réfugiés selon le HCR), ainsi qu'à un accès aux victimes fortement limité dans la phase post combats. L'UNICEF prévoit aussi des ruptures de stocks très rapides en terme de médicaments, à peine un mois après le début des affrontements.

3. Toute tentative de remplacement plutôt que d'aide au système de santé, de distribution alimentaire et des infrastructures ne ferait que'agraver la crise.
En effet, bien qu'étant très réduits, ces systèmes sont néanmoins fonctionnels et la majorité de la population en dépend. En général, la réponse apportée par la communauté internationale aux urgences humanitaires consiste à mettre en place des structures parallèles pour apporter l'aide alimentaire ou médicale. Or dans le cas de l'Irak, cette approche priverait les Irakiens victimes de guerre de millions de dollars en aide humanitaire fournie par le programme pétrole contre nourriture ainsi que des compétences de milliers de professionnels expérimentés.
L'Irak compte 929 centres de santé, et dispose de 27 000 lits dans ses hôpitaux.
Le système de distribution actuel en Irak est le plus vaste jamais mis en place, prenant en charge quelques 24 millions de personnes, et ce par le biais d'environ 46 000 agents de distribution.
Le système électrique actuel a une capacité de 9 500 mégawatts, soit 43% de son potentiel. Pour ce qui est de l'eau potable, on atteint un niveau de 50% de la capacité avant la guerre de 1991, avec une qualité de l'eau n'atteignant pas les standards. Le taux d'accès à l'eau potable avoisine le niveau atteint en 1990 : 94 % de couverture en ville contre 46 % en milieu rural.

4. Le caractère secret et officieux des plans et préparations de l'aide humanitaire par les USA ainsi que par les Nations Unies, freine considérablement les efforts effectués en vue de mettre en place une réponse humanitaire d'urgence adéquate et efficace.
Dans de telles circonstances, le droit à l'assistance des victimes risque d'être compromis.
Les Nations Unies tiennent secrets leur plan opérationnel pour d'aide humanitaire, rendant difficile une réelle coordination de l'aide avec les ONG.
De son coté, le " US Department of Defense " a planifié l'aide qu'il souhaite apporter, dont il a informé les membres du congrès, mais pas les membres de la communauté de l'aide humanitaire internationale.
Un consortium d'ONG américaines a déjà reçu une bourse de 2 millions de dollars de la part de l'USAID pour l'Irak, mais rares sont les ONG ayant reçu les licences gouvernementales nécessaires pour opérer en Irak et dans les pays voisins.

5. Toutes les parties belligérantes se doivent de respecter les principes clairement établis, propres à l'action humanitaire, que sont : la neutralité, l'indépendance, l'impartialité et la responsabilité.
Un grand nombre d'ONG se sont ainsi clairement exprimé sur ce problème, mettant en avant leurs préoccupations face à une politique de financement et d'autorisation limitée aux organisations humanitaires les plus en accord avec les objectifs militaires du gouvernement américain.


En conclusion, un certain nombre de questions cruciales restent en suspend :

  • Les infrastructures électriques, hydrauliques ou encore sanitaires seront-elles, comme lors de la guerre en 1991, des cibles militaires ?
  • Quel plan sera mis en place pour éviter de retomber dans un cercle morbide post conflit, causé par une malnutrition et des maladies accrus, spécialement parmi les enfants ?
  • Qu'adviendra t'il des systèmes gouvernementaux de distributions alimentaires et de soins dans les zones occupées par les forces US et autres belligérants ?
  • Qu'adviendra t'il des médicaments et autres denrées humanitaires jusqu'ici apportées par le programme pétrole contre nourriture ?
  • Comment la communauté internationale compte t'elle faire pour mobiliser les ressources nécessaires pour faire face au désastre, ou du moins pour le limiter ?
  • Pourquoi l'aide humanitaire se programme t'elle secrètement, sans réelle coordination ni coopération entre les acteurs centraux ?
  • L'armée américaine autorisera t'elle l'accès aux populations aux agences et organisations d'aide humanitaire internationale, conformément aux principes et au droit humanitaire ?
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