Entretien avec Benoit-Xavier Loridon, responsable géographique

Benoit-Xavier Loridon, Responsable Géographique au siège, vient de prendre en charge la mission Burundi de SOLIDARITES, auparavant suivie par Rodolphe Chauvin et Patrice Chataigner. Dans le cadre de cette transmission, il a effectué, du 06 au 21 mars dernier, une mission dans ce pays.
Impressions :

- Tu es parti deux jours après Yves, le responsable logistique siège, et sur le même vol que Kim, Coordinateur Programmes au Burundi. Ta mission s'inscrit dans un soutien siège affirmé à la mission.
Au-delà de la transmission, il s'agissait en effet de soutenir la prise de fonction de Kim en tant que Coordinateur Programmes, d'aider à la finalisation des projets à venir, et de remettre à plat les procédures.

- En 1997, tu as passé plus d'un an de mission au Burundi. Quelles impressions de retour ?
L'impression que presque rien n'a changé : Bujumbura, les axes sensibles au niveau sécurité, les acteurs et interlocuteurs de l'action humanitaire… la seule chose est, me semble-t'il, la nature du conflit armé, qui s'est déplacée. Les enjeux sont moins ethniques (Tutsis contre Hutus), et plus économiques.

- Et la mission ?
L'impression d'une grande mission, étendue et complète. Nous avons au Burundi une base capitale et deux bases, avec chacune plusieurs programmes cohérents. Il y a 80 employés locaux, et une dizaine de volontaires, qui développent nos programmes sur trois axes : hydraulique, sécurité alimentaire et nutrition.

- Quelles sont les priorités de ces axes ?
Très clairement, l'urgence relève de la nutrition. Même si je n'ai pas vu beaucoup de cas très sévères, il y a toujours de vrais besoins dans ce domaine, et surtout, si nous ne le faisons pas, le travail nécessaire ne sera pas fait par d'autres aujourd'hui. Je tiens d'ailleurs à signaler que des membres de l'UNICEF ont visité récemment notre CNT à Gitega, et nous ont félicités pour la qualité du programme et le respect des protocoles. C'est une illustration de l'importance du travail accompli par le service ressources humaines, qui a réussi depuis un mois et demi, à pourvoir 10 des 12 postes de la mission, dont notamment deux infirmières nutritionnistes par base, et bientôt un coordinateur nutritionniste en appui à Bujumbura. Mais au-delà de l'urgence à assurer aujourd'hui, l'enjeu, pour la nutrition, c'est de préparer le désengagement, sachant que pour bien faire, il faut prévoir trois ans. Et surtout il faut d'ici le début de l'été formaliser un protocole d'accord avec deux partenaires indispensables : l'autorité sanitaire provinciale qui intégrera notre personnel, et une ONG médicale qui assumera évaluations et suivi.

- Et pour le reste ?
Du point de vue de la sécurité alimentaire, nous travaillons sur un reciblage des bénéficiaires. En partant du constat que donner des chèvres à des gens très vulnérables n'est pas pertinent (car leurs besoins vont les pousser à les vendre vite pour un avantage immédiat), nous allons plutôt cibler des populations intermédiaires, qui sont plus en capacité de se projeter, donc d'optimiser l'aide, et d'en faire bénéficier ensuite les plus vulnérables. Pour ce qui est de l'Hydraulique, le développement relève plus, aujourd'hui, de projets plus techniques, comme ceux que nous mettons en oeuvre, par exemple, dans les Balkans. Enfin, des besoins en terme de reconstruction de l'habitat pourraient aussi faire l'objet, dans l'avenir, de projets viables.

- La question de la sécurité, au Burundi, est omniprésente. Comment est-elle gérée au quotidien par l'équipe ?
Par des procédures et un plan de sécurité très rigoureux, qui ont été revus avec Yves pendant ma mission. Aujourd'hui, la mission SOLIDARITES au Burundi est pratiquement au niveau des standards sécurité pratiqué par MSF. Concrètement, ça se traduit par des règles absolues : pas de mouvements de véhicules le week-end, et tous les véhicules rentrés à leur bases avant 16 H, tous les volontaires doivent être à la maison à 11 H, soit une heure avant le couvre-feu. Ce n'est pas anodin. Il faut savoir que par exemple, dans la zone de l'aéroport, à Bujumbura, il y a tous les jours des accrochages, avec des tirs d'artillerie. Malgré les accords de paix, le niveau d'insécurité reste le même.

- Pour finir, le retour annoncé des réfugiés burundais de Tanzanie représente-t-il, pour la mission SOLIDARITES au Burundi, un enjeu opérationnel ?
Bien sûr. D'abord parce que ce type d'intervention correspond à notre mandat d'urgence, et nous avons les moyens d'y répondre ; ensuite et enfin, sachant que tous les réfugiés doivent transiter par Gitega, qui sera le centre de regroupement des "retournants", nous serons au cœur de l'urgence, et les plus à même d'y répondre.

Notre action au Burundi


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