Entretien avec Jean-Arnaud Etchanchu, responsable géographique des missions Sri Lanka et Indonésie à Paris
Tu t'es rendu récemment sur les missions de SOLIDARITES au Sri Lanka et à Sumatra en Indonésie. Quelle est, à ton avis, la spécificité de la situation humanitaire sur place, aujourd'hui ?
Dix mois après le Tsunami, les besoins directs sont maintenant en grande partie couverts, même si il reste des milliers de maisons à reconstruire. Les humanitaires sont en passe d'avoir rempli leur contrat. Mais attention, au-delà de la limite physique qu'a dessiné la vague du raz de marée, il reste d'immenses besoins concrets (accès à l'eau potable et l'assainissement, structures médicales et scolaires, etc.). Il y a, à l'intérieur des terres, des laissées pour compte de l'aide qui vivent dans des conditions de vie inacceptables.
En quoi l'expertise de SOLIDARITES a-t'elle permis à nos équipes sur le terrain de répondre aux besoins, de l'urgence à la reconstruction ?
D'abord, nous sommes intervenus sur nos cœurs de métiers (accès à l'eau potable, assainissement, reconstruction et sécurité alimentaire), c'est-à dire que nous n'avons pas fait n'importe quoi.
Ensuite, les équipes de SOLIDARITES sur place, en coordination avec le siège à Paris, ont su mettre en place un ensemble cohérent et complémentaire de programmes adaptés aux différents besoins. C'est cette approche intégrée, globale, d'une situation humanitaire complexe et évolutive, qui fait la différence, couplée à un véritable savoir-faire technique, c'est-à dire à une expérience devenue expertise. Enfin, nous avons su trouver des partenaires institutionnels et privés adaptés à la situation et à son degré d'urgence, partenaires qui se sont montrés à la hauteur des circonstances, et que je salue ici (Union Européenne-ECHO, Délégation Interministérielle Pour le Tsunami-DIPT, Délégation à l'Action Humanitaire du Ministère Français des Affaires Etrangères, Fondation de France, Croix-Rouge Française, Agence de l'Eau Seine-Normandie, Région Midi-Pyrénées, Conseil Général de Corrèze, Saint Paul de la Réunion, Michelin, Sanofi, Schneider, Yves Rocher, Aquassistance, la SNSM…).
Quel est l'enjeu, aujourd'hui, de l'action humanitaire au Sri Lanka et en Indonésie ?
D'abord, s'assurer que les programmes entrepris seront achevés dans les conditions prévues. Ensuite, être capable, dès maintenant, de poursuivre et prolonger l'action entreprise auprès des victimes directes du Tsunami, envers d'autres populations voisines tout aussi vulnérables. Afin de ne pas laisser derrière nous un déséquilibre d'assistance, et de donner les conditions d'une reprise économique globale et durable.
Quelle est la difficulté essentielle de l'action humanitaire sur place ?
Essentiellement, une mobilisation internationale totalement inédite, qui a engendré, sur place, dans les premiers jours des problèmes d'encombrement logistique, puis des difficultés à « absorber » tous les acteurs humanitaires. SOLIDARITES n'a pas été véritablement confrontée à ce problème, mais nous avons subi, indirectement, les effets de ce phénomène d'environnement humanitaire « saturé »
Il y a eu un débat, en France, sur l'utilisation par les ONG de l'argent collecté en faveur des victimes du Tsunami. Qu'en penses-tu ?
Cette question est surtout celle de la maîtrise des fonds propres en provenance de la générosité des particuliers. Ce que je peux dire, c'est que, à SOLIDARITES, l'argent reçu a été utilisé, ou est en passe de l'être, conformément aux différents appels que nous avons lancés. Un certain nombre d'audits sont actuellement en cours pour garantir cette conformité.
Que souhaiterais-tu dire à tous ceux qui ont généreusement soutenu notre action en faveur des victimes du tsunami ?
Je veux leur dire que leur argent a servi à des actions concrètes et visibles (accès à l'eau potable, reconstruction d'écoles, dispensaires et routes, déblaiement, drainage de terres agricoles, relance de la pêche…). Les résultats sont là, et nous avons su répondre aux besoins des populations au fur et à mesure de leur évolution, de l'urgence à la reconstruction. Mais aujourd'hui, j'ai aussi envie de dire « n'oublions pas que l'aide internationale ne doit pas se limiter au périmètre physique des ravages du Tsunami ».