Entretien avec Bruno Marquès
Bruno
Marquès, Responsable Géographique à SOLIDARITES, a dirigé notre
mission d'évaluation d'urgence au Sri Lanka après le Tsunami.
Entretien à chaud :
1. Combien de
temps a duré ta mission ?
Trois
semaines en ce qui me concerne, du 6 au 24 janvier.
2. Tes premières
impressions en arrivant à Ampara (côte Est du Sri Lanka) ?
Et bien, c'est une
chose d'entendre parler des destructions du Tsunami, ou de voir
les images à la télévision, et c'est autre chose que de se trouver
devant, sur place. Dans toutes mes missions humanitaires, je
n'avais jamais vu ça : une dévastation totale sur toute la bande
côtière de 300 M.
3. Quelles ont
été les priorités de l'équipe SOLIDARITES sur place ?
- Premièrement,
se coordonner avec les autres ONG et intervenants humanitaires,
pour définir les axes prioritaires, qui fait quoi et où, qui
peut mettre à disposition des uns ou des autres tel ou tel matériel.
Par exemple, SOLIDARITES a mis à disposition de Goal et d'Oxfam
nos deux " bladders " (réservoirs souples d'eau potable).
- Deuxièmement,
réaliser une évaluation dans les 13 camps de déplacés de la
zone de Kalunai (20 km à l'est d'Ampara), qui a été touchée
de plein fouet par le Tsunami, avec 3.000 morts. Il fallait
évaluer très vite le nombre de déplacés, les besoins prioritaires,
et ceci au regard de notre capacité d'action et de notre matériel,
et enfin identifier et entrer en contact direct avec les personnes
responsables des camps, afin de se coordonner avec elles. Dans
la foulée, nous avons organisé et mis en oeuvre pendant deux
jours une distribution d'urgence (biscuits, produits de première
nécessité) sur ces sites.
- Troisièmement,
il s'agissait d'informer tous les intervenants humanitaires,
les représentants des Nations Unies et les autorités locales,
des distributions mises en œuvre, afin d'éviter les doublons
en terme d'initiative.
4. Ensuite,
dans un deuxième temps ?
Dans un deuxième
temps, nous avons mené une évaluation complète sur toute la
zone côtière, de Kalunai à Pottuvil, en ce qui concernait les
besoins en accès à l'eau et assainissement, sécurité alimentaire
et distribution de kits de réhabilitation légère. Enfin nous
avons mis en place la base d'Ampara, et constitué l'équipe Sri
Lankaise chargée de travailler avec les volontaires de SOLIDARITES.
5. Très clairement,
aujourd'hui, les besoins prioritaires relèvent de l'accès à
l'eau et l'assainissement ?
Oui, l'eau potable
en zones villageoises, et des latrines en zones urbaines.
6. Nos programmes
aujourd'hui ?
Nous avons commencé
les chantiers pour 500 latrines sur des sites de déplacés de
la zone de Kalunai, et nous attendons, en ce qui concerne les
travaux sur les puits, la fin de l'expertise menée par les autorités
et les spécialistes des ONG comme nos propres hydrauliciens,
afin de déterminer si le Tsunami a souillé la nappe phréatique.
Nous devons, dès que possible, prendre en charge la réhabilitation
de 80 à 90 puits et quatre réseaux d'adduction communautaires.
Actuellement, nous assumons également la collecte des débris
et déchets sur les sites de déplacés, toujours sur kalunai.
7. Quels ont
été, sur cette mission, les contraintes et les points forts
pour SOLIDARITES ?
La contrainte essentielle
a été la non-visibilité des besoins par rapport à la catastrophe.
Nous savions qu'il y avait de gros besoins, mais lesquels et
où précisément ? Le point fort a été la réactivité de SOLIDARITES,
qui a été l'une des premières ONG à atteindre la zone de Kalunai.
8. En terme
logistique, avez-vous rencontré des problèmes ?
Non, nous avons
dédouané le matériel et les véhicules acheminés par avion à
Colombo en un temps record. Pour le reste, il n'y a pas de problème
d'accès aux populations, et en terme d'approvisionnement, on
trouve tout sur place.
9. A quel horizon
places-tu l'action de SOLIDARITES au Sri Lanka ?
De mon point de
vue, il y a du travail pour au moins un an. Après l'urgence,
il faudra prendre en charge des projets de réhabilitation et
reconstruction, notamment en moyens d'accès à l'eau et assainissement,
en commençant par les zones côtières, puis, progressivement,
en " avançant " dans l'intérieur des terres, afin de ne pas
laisser de " zones grises " oubliées par l'assistance humanitaire.
10. Humainement,
qu'est-ce qui t'a le plus marqué ?
Le sourire des
gens, et la rapidité avec laquelle ils ont voulu recommencer
à vivre et reconstruire. Ils nous attendaient car ils avaient
besoin d'une assistance d'urgence, mais la reconstruction de
leur pays se fera beaucoup avec eux.