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SOLIDARITES - Pour l'Asie
BP 100 - 75020 Paris


Crédit photos : AFP, Solidarités, William Daniels


Entretien avec Alain Boinet, Fondateur et
Directeur de Solidarités, le 12 janvier.

- Que fait « Solidarités » en Asie ?
Alain Boinet, Fondateur et Directeur de SolidaritésD'abord, nous sommes sur place en raison d'un drame humain sans précédent provoqué par ce raz de marée, le tsunami. Plus de 290.OOO victimes, qui sont autant de drames personnels et familiaux. Des millions de déplacés qui ont tout perdu. L'urgence humanitaire est toujours d’actualité et la reconstruction doit commencer dès que possible. Et la solidarité pour l'Asie, qui est remarquable, doit se coordonner mieux et plus vite.
Concrètement, nous avons deux équipes, une au Sri Lanka et une en Indonésie. Pour le Sri Lanka, nous avons affrété un avion et nous secourons les rescapés dans la province d'Ampara, une des zones les plus touchées sur la côte est. Nous intervenons principalement dans le domaine de l’eau potable et de l'assainissement avec des pompes et des réservoirs. En plus nous distribuons des biscuits vitaminés, des bâches plastique, des jerricans.
En Indonésie, nous avons une équipe à Meulaboh, cette localité qui a perdu les deux tiers de ses 35.OOO habitants. Nous intervenons toujours en eau potable, toujours avec des pompes et réservoirs souples, et en assainissement auprès de 1O.OOO déplacés pour lesquels nous construisons un site d’accueil.
Au Sri Lanka et en Indonésie, dans nos équipes, nous avons des spécialistes de l’eau, des hydrauliciens qui interviennent dans l'urgence et qui évaluent les besoins de reconstruction.

- Comment financez-vous cette action et que pensez-vous de la position de MSF de ne plus collecter ?
Nous avons commencé par financer notre action humanitaire par des avances de trésorerie, ce qui est toujours le cas actuellement. Nous avons lancé des appels à la générosité, mais nous constatons que les médias se sont concentrés pendant trop longtemps sur quelques organisations. Et puis MSF a décidé le 4 janvier de ne plus collecter en disant avoir reçu assez d'argent. J'ai deux réactions à ce sujet, la première qui consiste à dire que c'est toujours bien de dire la vérité, c’est responsable et même courageux. La seconde, c’est que Solidarités a toujours un urgent besoin de fonds pour financer les secours d’urgence maintenant et que la déclaration de MSF risque de désorienter les donateurs en l’absence au départ d'explications claires et précises évitant la confusion.
Ceci étant, la position de MSF est à considérer sérieusement, notamment par ceux qui ont beaucoup collecté, et nous avons un devoir individuel et collectif de rendre compte précisément de l'emploi des fonds.
A Solidarités, nous avons décidé d'afficher chaque semaine sur notre site le montant des sommes reçues et de dire en face l'emploi que nous en faisons. Nous établirons d'ailleurs un bilan spécifique pour l'Asie.
Et puis, que personne n’oublie les autres crises en cours pour lesquelles nous avons du mal à mobiliser la générosité indispensable, je pense entre autre à la province du Darfour au Soudan et à la RDC (République Démocratique du Congo).

- Mais MSF déclare également que ce n’est pas aux ONG humanitaires de financer la reconstruction. Qu’en pensez-vous ?
Nous sommes à la fois d'accord et pas d’accord avec MSF. Oui, nous n'avons pas à prendre en charge la reconstruction des infrastructures lourdes qui relèvent des Etats et des organisations internationales type ONU ou Banque Mondiale. En revanche, c'est la responsabilité d'associations Solidarités que de contribuer activement à la reconstruction se situant au niveau des familles et des villages, par exemple des systèmes d'approvisionnement en eau potable comme des puits ou des réseaux d'approvisionnement, l'habitat, les écoles et dispensaires, les pistes et les petits ponts. Nous pouvons aussi envisager de contribuer à relancer l’agriculture ou la pêche, par exemple. Il faut aider la population à le faire et même payer des travailleurs locaux, qui ont tout perdu, pour réaliser ces reconstructions, en coopération étroite avec les autorités locales et sous leur responsabilité. N'oublions pas d'ailleurs que la solidarité a d'abord été et reste le fait des personnes et populations sur place, ainsi que des services des états et services publics.

- Quelles sont les priorités pour Solidarités, et comment pensez-vous procéder ?
La priorité des priorités, ce sont les secours. Avec Yannick le Bihan, directeur des missions, je viens d'avoir Bruno Marques, qui est au Sri Lanka. Avec son équipe ils travaillent 2O heures par jour et nous devons les ravitailler et les renforcer pour que les secours continuent d'arriver et s’organisent de manière de plus en plus efficace. Nous devons lui envoyer de l'argent, des volontaires et des matériels. C'est la même chose avec Raoul de Torcy en Indonésie.
Ceci étant nous ne voulons surtout pas participer ou même contribuer à un cirque humanitaire. Pour cela nous devons d'abord et avant tout agir en terme de complémentarité et nous coordonner entre les ONG et avec les institutions partenaires et l'ONU. Et puis nous sommes dans des pays avec des Etats, des services publics, des autorités locales, des municipalités. Ils sont chez eux. Nous avons à nous coordonner avec eux et sous leur responsabilité avec l'appui de l’ONU.
Enfin, avec Véronique Sentilhes, responsable de la communication, nous préparons divers partenariats qui vont nous permettre d’assurer notre mission humanitaire dans le temps nécessaire. Nous en rendrons également compte sur notre site. Il y a un mouvement de solidarité exceptionnelle à saluer. Je pense aussi à l'équipe du siège et celles qui sont sur le terrain qui travaillent très très dur pour réaliser tout cela.
Je tiens à remercier chaleureusement les donateurs, les entreprises, les institutions qui participent avec nous à ces secours pour les sinistrés en Asie du sud-est.

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