Témoignage de l'ingénieur Wali

L'ingénieur Wali travaille avec SOLIDARITES sur le programme eau et assainis-sement à Kaboul. Voici le témoignage qu'il nous a livré le 29 mai dernier.

J'ai commencé à travailler dans le domaine humanitaire en 1990 pour une ONG basée au Pakistan. J'étais alors gestionnaire de programmes pour des projets de reconstruction de routes, d'écoles et de cliniques dans la province du Panshir en Afghanistan. De 1992 à 1993, c'est avec Care International que je me suis engagé en tant qu'architecte pour travailler dans la province de Khost.

Entre 1999 et 2001, j'étais ingénieur au Ministère Rural pour le Développement et la Réhabilitation. C'est à cette occasion que j'ai rencontré SOLIDARITES. En effet, SOLIDARITES ayant un accord avec le ministère, j'ai été envoyé à Saighan dans la province de Bamyan pour travailler en collaboration avec cette ONG pour la réalisation d'un pont et d'un barrage. Depuis 2001 je fais partie de l'équipe de SOLIDARITES. J'ai d'abord travaillé à Yakawlang puis, depuis avril 2005, à Kaboul.

Les programmes auxquels j'ai participé allaient du captage de sources au déneigement de cols en hiver pour garantir l'accès aux villages de montagne, de la construction de canaux, de réservoirs, de puits à la construction de routes. Parmi les projets qui m'ont marqué, il y a eu le barrage de Koprok (36 millions m3) pour l'irrigation de champs de blé et de pomme de terre, des captages de sources pour amener l'eau directement dans les villages (avec des tuyaux sur plusieurs kilomètres et des réservoirs de 40 à 65 m3), le siphon du canal de Zarin pour passer un canyon de 15 mètres de profondeur sur 25 mètres de large, de nombreux creusements de puits et enfin l'ouverture d'une route de 25 kilomètres (dans les montagnes entre Dane Dare Chasht et Tusri) sur un dénivelée de 250 mètres comprenant huit ponts en bois.

Je suis heureux de travailler pour SOLIDARITES, d'une part parce que dans la situation actuelle du pays les ONG sont de réels acteurs de la reconstruction ; d'autre part en raison du rythme de travail qui est soutenu et de la diversité des projets.

Mon rôle à SOLIDARITES aujourd'hui est de gérer l'équipe " Infrastructures Eau " dans le cadre du projet d'accès à l'eau potable à Kaboul.

L'équipe que nous avons sur Kaboul est composée de Pashtouns, Tadjiks, Hazaras…ce qui est un atout pour travailler dans les différents quartiers. Par ailleurs, certains membres de l'équipe sont nouveaux, ce qui demande du temps pour l'organisation et les stratégies à mettre en œuvre. Enfin, la gestion d'équipe sur Kaboul demande beaucoup plus d'attention que dans la province de Bamyan.

L'année passée, lors de l'évaluation des besoins sur Kabul, la quasi-totalité des puits privés étaient à sec et les conditions sanitaires étaient désastreuses : ni collecte d'ordure ni réseau d'eaux usées dans une ville de plus de 3 millions d'habitants. Il n'y a pas assez de latrines, et celles existantes sont de mauvaise qualité, tant au niveau hygiénique, sanitaire, que de l'environnement. Les ordures se mélangent à la boue dans la rue, remplissent les canaux d'évacuation des eaux. Les puits privés sont contaminés par les eaux de latrines qui s'infiltrent dans le sol…

La situation économique est très difficile, le nombre de personnes sans emploi est en nette augmentation. Les réfugiés de retour en Afghanistan n'ont ni travail, ni logement. Au cours de l'hiver, qui est rude ici, certains vivent sous une toile de tente ! C'est pourquoi une partie des gens sont retournés en Iran ou au Pakistan.

Concernant l'eau, malheureusement les gens ne font pas la différence entre une eau potable et une eau impropre à la consommation. Mais la plupart des gens en Afghanistan boivent du thé, ainsi l'eau est bouillie et purifiée des organismes pathogènes. Cependant, les enfants boivent parfois de l'eau non bouillie.

Au cours de l'été, les températures montent jusqu'à 35°C-40°C, et engendrent des problèmes de déshydratation, diarrhée, etc.

La situation dans le district 13 (en périphérie ouest de Kabul), et en particulier à Dasht-e-Barchi, est difficile. L'année dernière certaines personnes allaient chercher l'eau jusqu'à Kalaï Kasi (5 km). Cet été, beaucoup de puits privés seront de nouveau à sec, mais à Charak-e-Safa il y aura les pompes à main mises en place par SOLIDARITES. Aujourd'hui il y a environ 90% de puits privés et 10% de pompes à main (forages).

Nous avons décidé d'intervenir à Charak-e-Safa car les besoins en eau sont énormes, en quantité. Le récent sondage montre que la quantité moyenne d'eau par personne et par jour équivaut à 17 litres - par comparaison, en France c'est au moins dix fois plus - et que la qualité est mauvaise puisque l'eau des puits est contaminée.

Le programme de SOLIDARITES à Charak-e-Safa d'une durée de 4 mois, comprend la construction de 27 puits forés équipés de pompes à main (dont le coût de maintenance est faible) la construction/réhabilitation de 81 latrines et une campagne de promotion à l'hygiène.

Le manque d'eau et les mauvaises conditions sanitaires dans les rues du fait des eaux usées, des déchets ménagers, des cadavres d'animaux, des déchets organiques, des fientes d'animaux, etc. font que le projet à Charak-e-Safa relève de l'urgence.

Au cours de mes expériences dans l'humanitaire, une histoire en particulier m'est restée. C'était à Yakawlang, dans le village de Kanak, les gens collectaient les eaux du sauna dans un bassin pendant l'été puis consommaient ces même eaux pendant l'hiver. En 2002, SOLIDARITES a capté une source à 3 km de cet endroit et a installé un réservoir dans le village.

 

Notre action en Afghanistan


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