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Wali travaille avec SOLIDARITES sur
le programme eau et assainissement à Kaboul. Voici le témoignage
qu'il nous a livré le 29 mai dernier.
J'ai
commencé à travailler dans le domaine humanitaire en 1990 pour
une ONG basée au Pakistan. J'étais alors gestionnaire de programmes
pour des projets de reconstruction de routes, d'écoles et de cliniques
dans la province du Panshir en Afghanistan. De 1992 à 1993, c'est
avec Care International que je me suis engagé en tant qu'architecte
pour travailler dans la province de Khost.
Entre
1999 et 2001, j'étais ingénieur au Ministère Rural pour le Développement
et la Réhabilitation. C'est à cette occasion que j'ai rencontré
SOLIDARITES. En effet, SOLIDARITES ayant un accord avec le ministère,
j'ai été envoyé à Saighan dans la province de Bamyan pour travailler
en collaboration avec cette ONG pour la réalisation d'un pont
et d'un barrage. Depuis 2001 je fais partie
de l'équipe de SOLIDARITES. J'ai d'abord travaillé à Yakawlang
puis, depuis avril 2005, à Kaboul.
Les
programmes auxquels j'ai participé allaient du captage de sources
au déneigement de cols en hiver pour garantir l'accès aux villages
de montagne, de la construction de canaux, de réservoirs, de puits
à la construction de routes. Parmi les projets qui m'ont
marqué, il y a eu le barrage de Koprok (36 millions m3) pour l'irrigation
de champs de blé et de pomme de terre, des captages de sources
pour amener l'eau directement dans les villages (avec des tuyaux
sur plusieurs kilomètres et des réservoirs de 40 à 65 m3), le
siphon du canal de Zarin pour passer un canyon de 15 mètres de
profondeur sur 25 mètres de large, de nombreux creusements de
puits et enfin l'ouverture d'une route de 25 kilomètres (dans
les montagnes entre Dane Dare Chasht et Tusri) sur un dénivelée
de 250 mètres comprenant huit ponts en bois.
Je suis heureux de travailler pour SOLIDARITES, d'une part parce
que dans la situation actuelle du pays les ONG sont de réels acteurs
de la reconstruction ; d'autre part en raison du rythme de travail
qui est soutenu et de la diversité des projets.
Mon
rôle à SOLIDARITES aujourd'hui est de gérer l'équipe " Infrastructures
Eau " dans le cadre du projet d'accès à l'eau potable à Kaboul.
L'équipe
que nous avons sur Kaboul est composée de Pashtouns, Tadjiks,
Hazaras…ce qui est un atout pour travailler dans les différents
quartiers. Par ailleurs, certains membres de l'équipe sont nouveaux,
ce qui demande du temps pour l'organisation et les stratégies
à mettre en œuvre. Enfin, la gestion d'équipe sur Kaboul demande
beaucoup plus d'attention que dans la province de Bamyan.
L'année
passée, lors de l'évaluation des besoins sur Kabul, la quasi-totalité
des puits privés étaient à sec et les conditions sanitaires étaient
désastreuses : ni collecte
d'ordure ni réseau d'eaux usées dans une ville de plus de 3 millions
d'habitants. Il n'y a pas assez de latrines, et celles
existantes sont de mauvaise qualité, tant au niveau hygiénique,
sanitaire, que de l'environnement. Les ordures se mélangent à
la boue dans la rue, remplissent les canaux d'évacuation des eaux.
Les puits privés sont contaminés par les eaux de latrines qui
s'infiltrent dans le sol…
La
situation économique est très difficile, le nombre de personnes
sans emploi est en nette augmentation.
Les réfugiés de retour en Afghanistan n'ont ni travail, ni logement.
Au cours de l'hiver, qui est rude ici, certains vivent sous une
toile de tente ! C'est pourquoi une partie des gens sont retournés
en Iran ou au Pakistan.
Concernant
l'eau, malheureusement les gens ne font pas la différence entre
une eau potable et une eau impropre à la consommation. Mais la
plupart des gens en Afghanistan boivent du thé, ainsi l'eau est
bouillie et purifiée des organismes pathogènes. Cependant,
les enfants boivent parfois de l'eau non bouillie.
Au
cours de l'été, les températures montent jusqu'à 35°C-40°C, et
engendrent des problèmes de déshydratation, diarrhée, etc.
La
situation dans le district 13 (en périphérie ouest de Kabul),
et en particulier à Dasht-e-Barchi, est difficile. L'année
dernière certaines personnes allaient chercher l'eau jusqu'à Kalaï
Kasi (5 km). Cet été, beaucoup de puits privés seront de nouveau
à sec, mais à Charak-e-Safa il y aura les pompes à main mises
en place par SOLIDARITES. Aujourd'hui il y a environ 90% de puits
privés et 10% de pompes à main (forages).
Nous
avons décidé d'intervenir à Charak-e-Safa car les besoins en eau
sont énormes, en quantité. Le récent sondage montre que la quantité
moyenne d'eau par personne et par jour équivaut à 17 litres -
par comparaison, en France c'est au moins dix fois plus - et que
la qualité est mauvaise puisque l'eau des puits est contaminée.
Le
programme de SOLIDARITES à Charak-e-Safa d'une durée de 4 mois,
comprend la construction de 27 puits forés équipés de pompes à
main (dont le coût de maintenance est faible) la construction/réhabilitation
de 81 latrines et une campagne de promotion à l'hygiène.
Le
manque d'eau et les mauvaises conditions sanitaires dans les rues
du fait des eaux usées, des déchets ménagers, des cadavres d'animaux,
des déchets organiques, des fientes d'animaux, etc. font que le
projet à Charak-e-Safa relève de l'urgence.
Au cours de mes expériences dans l'humanitaire, une histoire en
particulier m'est restée. C'était à Yakawlang, dans le village
de Kanak, les gens collectaient les eaux du sauna dans un bassin
pendant l'été puis consommaient ces même eaux pendant l'hiver.
En 2002, SOLIDARITES a capté une source à 3 km de cet endroit
et a installé un réservoir dans le village.
Entretien avec Guillaume Lacondemine,
administrateur sur la base de Bâmyân, en Afghanistan.
Quelle sont ta formation et ton parcours avant d'arriver à
Solidarités ?
J'ai d'abord fait une école de commerce. Puis j'ai effectué mon
service militaire en coopération. Cela m'a permis de partir pendant
2 ans ½ en Afrique du Sud, où j'ai géré une filiale de l'entreprise
Massilly. Ma fonction était alors assez proche de ce dont je suis
chargé aujourd'hui avec SOLIDARITES, gestion financière, gestion
du personnel... Lorsque mon contrat est arrivé à son terme, j'ai
voyagé pendant 6 mois à travers le pays dans un vieux 4x4 récupéré
sur place.
Pendant trois ans donc, tu travailles et voyage en Afrique,
et après ?
Rentré en France, j'ai continué de travailler par Massilly.
Pendant 2 années, j'ai occupé la fonction de responsable du développement
commercial et des projets de développement au siège de Mâcon,
en Saône et Loire.
Quelle
est ta première expérience humanitaire ?
J'ai commencé à travailler pour SOLIDARITES le 28 octobre dernier.
Ma mission à Bâmyân est donc ma première mission humanitaire.
Je suis rentré en relation avec SOLIDARITES grâce à Coordination
Sud, qui regroupe les offres d'emploi de plusieurs ONG humanitaires.
Après un entretien d'embauche, on m'a proposé ce poste d'administrateur
à Bâmyân, dans la province du même nom, en Afghanistan. Je suis
arrivé dans cette très vielle mission de SOLIDARITES (première
mission de SOLIDARITES, depuis 1979). Je n'ai eu aucun mal à m'intégrer,
il y avait de très bons rapports entre tous les membres de l'équipe.
Je ne suis pas resté le " petit nouveau " très longtemps puisque
deux mois plus tard environ, l'ensemble de l'équipe était entièrement
renouvelé. C'est un des points que nous reproche parfois le personnel
local. La période moyenne d'expatriation des volontaires leur
permet rarement de garder les mêmes interlocuteurs durant plus
d'un an. Pour ma part, ma mission s'achèvera le 28 octobre prochain....sauf
si ma condition physique et nerveuse à cette date me permet de
prolonger l'aventure quelques mois...
Guillaume Lacondemine avec ses deux adjoints,
dans leur bureau à Bâmyân.
En quoi consiste ta fonction sur le terrain ?
Je suis responsable des ressources humaines d'une part, c'est-à-dire
de la politique salariale, du recrutement, de la régulation des
congés, des finances, du suivi budgétaire pour l'ensemble des
projets et de la gestion trésorerie d'autre part, et enfin des
rapports financiers pour le siège. Finalement je remplis les mêmes
fonctions et j'utilise les mêmes outils que lorsque je travaillais
pour Massilly. Mon descriptif de poste est sensiblement le même
et je me sers des mêmes logiciels informatiques par exemple. Seulement,
l'esprit de cette activité dans le cadre d'une ONG humanitaire
est radicalement différent. Alors qu'un responsable administratif
et financier classique tente d'optimiser ses coûts en réduisant
au maximum les dépenses, l'administrateur qui travaille sur un
programme humanitaire cherche à optimiser l'emploi de chacune
des " lignes " de ressources financières strictement affectées
à chaque projet.
Comment perçois-tu les enjeux de ta fonction sur la mission
?
L'administrateur est un poste important pour la mission car il
est responsable de la maîtrise des dépenses, du contrôle et du
respect des procédures de nos partenaires institutionnels.
Concrètement, comment communiques-tu avec les équipes locales
?
La plupart de nos entretiens sont en anglais. Mais les volontaires
motivés ou intéressés par les langues apprennent parfois des rudiments
de la langue locale. En Afghanistan, il s'agit du dari, un dérivé
du perse. " Bonjour " se dit " Salam alekum ", " merci " : " Tashakor
", et pour demander l'heure il faut dire : " Tchand badja's ".
Tu disais que tu resterais peut-être plus longtemps que prévu
à Bâmyân, si ta condition physique le permettait. La fatigue est-elle
la principale contrainte d'un volontaire humanitaire ?
Je dirais la fatigue physique oui, mais surtout nerveuse. Notre
travail là-bas est extrêmement stressant. Nous travaillons en
moyenne 60 heures par semaine, dans un contexte particulièrement
instable. Notre activité s'effectue sous une pression permanente
où la gestion de l'impondérable prend une grande part. Je ne parle
pas du contexte extérieur, et des conditions de sécurités à Bâmyân,
qui sont plutôt bonnes, mais des imprévus liés aux ressources
humaines et à la gestion du personnel local. Cela peut se traduire
par exemple par des démissions subites, ou par une personne embauchée
après un entretien qui ne se présentera finalement jamais. Il
nous arrive également d'avoir des problèmes de corruption ou de
vol. Il faut savoir composer avec tous ses imprévus, être prêt
à leurs faire face à tout instant.
Quels moyens sont à votre disposition pour réduire cette part
d'incertitude ?
Il faut avant tout être proche du personnel local pour " sentir
" tous les non-dits. Nous disposons également de procédures internes
pour cadrer et contrôler le travail de chacun. Enfin, les formations
et la responsabilisation sont essentielles pour fidéliser les
personnes qui travaillent avec nous.
Malgré le caractère parfois imprévu de ta mission, pourrais-tu
nous décrire une journée type d'un administrateur en poste à Bâmyân
?
Alors...je commence à 8h par lire mes mails (comme partout pour
tout le monde je crois !), puis j'effectue un point avec mes deux
assistants pour définir les tâches journalières. Une heure environ
sera ensuite consacrée au suivi financier des programmes en cours,
puis une heure à une étude de la trésorerie, et une autre heure
à un point avec les autres volontaires au sujet de la logistique
et des achats. Il faut s'imaginer tout ça ponctué dune quinzaine
d'interruptions pour des problèmes de RH -demande d'avance sur
salaire, de congé, entretien, etc.. Puis vient l'heure de se restaurer
! La fin de la journée s'organise autour de la vérification des
comptabilités des différentes bases, la mise à jours des tableaux
d'affectation, et le travail sur les nouveaux projets à présenter
aux bailleurs.
Tu es actuellement au siège à Paris avec les autres administrateurs
de SOLIDARITES pour 5 jours de formation. Que retires-tu de cette
semaine ?
Beaucoup de choses positives. Cela m'a permis de comparer les
méthodes employées sur les autres missions et de mélanger les
bonnes pratiques en terme de comptabilité, de ressources humaines,
de formation et de sécurité. J'ai également mis à profit ce temps
au siège pour clarifier les procédures de nos partenaire institutionnels
concernant les achats et la trésorerie.
Quel sont tes projets après ta mission en Afghanistan ?
Prendre des vacances ! Puis je repartirai sûrement en mission.
J'aimerai bien occuper un poste qui, outre l'administration, développe
l'aspect " programme " : comme responsable de base par exemple.
Idéalement en Amérique Latine, pour répondre à un vieux rêve...
Témoignages de Jean-Marie BATTAREL
et Mathieu Le Corre, membres d'Aquassistance, partis en Afghanistan
avec SOLIDARITES
Aquassistance est une association
humanitaire des personnels du Groupe SUEZ volontaires pour apporter
une aide aux populations en difficulté dans les domaines de l'eau
et de l'environnement. Elle se propose de mettre à disposition
de ces populations les compétences de ses membres et des moyens
matériels. Aquassistance a mis à la disposition de SOLIDARITES
les compétences de ses volontaires pour apporter des conseils
techniques (captage, traitement, stockage et distribution) et
éventuellement des dons de matériels.
Jean-Marie BATTAREL, ingénieur hydrogéologue, agréé en matière
d'eau et d'hygiène publique
"
Après des études de géologie et une coopération au Zaïre où j'ai
eu l'occasion de toucher du doigt la misère, la malnutrition et
les problèmes de santé, en particulier liés au manque d'eau, revenu
en France j'ai voulu me spécialiser en hydrogéologie. Mon objectif
alors était de travailler dans les pays sous-développés comme
ils étaient qualifiés à l'époque ! C'est ainsi que je me suis
orienté vers un travail en bureau d'étude afin d'effectuer des
missions, au départ essentiellement en Afrique, pour diverses
organisations internationales (PNUD, AFD, FED etc..), très peu
d'ONG dans les années soixante-dix me paraissaient suffisamment
structurées et solides pour y engager toute ma vie professionnelle.
Peu à peu, ma formation et l'expérience acquise au fil des années
en France m'ont amené à orienter les études vers les problèmes
environnementaux se posant pour la protection des ressources en
eau potable.
Les différentes études réalisées à l'étranger m'ont amené à travailler
au Tchad, Burkina Fasso, Madagascar, Gabon, Sénégal, Côte d'Ivoire,
Haïti, Rwanda, Pérou, Brésil, Honduras etc..
Depuis sept mois en retraite, je consacre mon activité à des missions
humanitaires que j'avais déjà entreprises au cours de congés lorsque
j'étais en activité. Le fait d'être membre d'Aquassistance, me
permet de mettre mon expérience au service de différentes ONG
afin de résoudre les problèmes de ressources en eau potable, tant
d'un point de vue quantitatif que qualitatif. Problèmes qui se
posent dans de nombreux pays et cause de développement de nombreuses
maladies s'accompagnant d'un taux de mortalité infantile difficilement
supportable. Il me paraît tout à fait normal et naturel qu'ayant
une certaine compétence dans ce domaine et une connaissance de
nombreux pays en voie de développement, je me mette à disposition
d'ONG pour contribuer à améliorer les conditions de vie et d'hygiène
de ces populations. J'aurais très mauvaise conscience, en étant
à la retraite, de consacrer celle-ci à la pèche à la ligne !!
(d'autant que je n'aime pas la pèche !) sans me préoccuper des
hommes, des femmes et des enfants que j'ai eu l'occasion de rencontrer
au cours de ma vie professionnelle. Je n'aurais même pas l'excuse
de dire que j'ignorais la précarité de vie de ces gens.
La mission que j'ai effectuée dans la province de Bâmyân en Afghanistan
pour SOLIDARITES avait pour objectif de définir les potentialités
des ressources en eau dans cinq districts afin d'améliorer les
conditions d'alimentation des populations. Cette mission, en quelque
sorte d'expertise et de collecte de données constituait une première
phase qui m'a permis en outre de mieux appréhender le contexte
local et l'action de SOLIDARITES. Ainsi, j'ai pu constater un
engagement fort, une grande motivation et une compétence certaine
des membres actifs de l'Association malgré leurs conditions de
vie parfois difficiles, qui ne peut forcer que l'admiration.
Du point de vue sanitaire la situation dans cette province de
Bâmyân est catastrophique, selon le PNUD environ un enfant sur
4 meurt avant d'avoir atteint 5 ans, les causes de cette mortalité
étant essentiellement liées aux maladies diarrhéiques et aux infections
respiratoires. La population, quand elle ne dispose pas de puits,
ce qui est le cas le plus fréquent, s'alimente en eau à partir
des canaux d'irrigation ou de la rivière fortement contaminés
par l'activité agricole et humaine (absence d'assainissement).
J'ai pu constater l'absence de toute sensibilisation à l'hygiène
de cette population, d'où aucune prise de conscience des risques
présentés par la contamination des eaux. Un énorme travail est
à faire dans ce domaine via les écoles, les mosquées, les dispensaires
(quand il en existe !).
L'Afghanistan sortant de vingt années de guerre et de quatre années
de sècheresse, la difficulté majeure rencontrée est l'absence
de données permettant d'évaluer l'importance des ressources en
eaux tant souterraines que superficielles. En effet, les stations
météorologiques ont toutes été détruites et ce n'est seulement
que depuis octobre 2003 qu'une station a été mise en place à Bâmyân,
aucune station de jaugeage sur les rivières pour mesurer et enregistrer
les variations saisonnières de débit, aucun suivi de l'évolution
des fluctuations de la nappe phréatique en fonction de la pluviométrie
et de la fonte des neiges. L'absence de données fondamentales
a eu pour conséquence que de nombreux puits creusés en période
de hautes eaux sont à sec en étiage et donc inutilisable, la population
se tournant alors à nouveau vers les eaux superficielles contaminées.
Au cours de la mission, environ cent puits ont été visités et
ont fait l'objet de mesures : problématique précise à l'aide d'un
GPS, profondeur de l'ouvrage, profondeur du niveau d'eau, salinité
de l'eau, pH etc..
La constitution d'une première base de données servira par la
suite pour saisir les fluctuations de certains paramètres, ainsi
lors de la seconde mission programmée en octobre, période des
plus basses eaux, nous pourrons observer l'évolution de ceux-ci
et effectuer une première approche de l'évaluation des ressources
disponibles. Cette mission en Afghanistan, pays que je ne connaissais
pas auparavant, m'a permis de découvrir un pays qui jusqu'à maintenant
bénéficiait d'actions d'urgence et qui se trouve aujourd'hui dans
une situation de post-urgence et de développement durable, ce
qui implique beaucoup plus la population dans les différentes
actions menées. Cet aspect est humainement très intéressant dans
la mesure où les afghans sont très réceptifs et motivés. J'ai
découvert un peuple fier et courageux malgré toutes les épreuves
traversées. Il faut maintenant que ce pays se restructure et qu'une
économie soit lancée (autre que celle du pavot !!), les élections
du 9 octobre y contribueront peut être ?
L'implication personnelle dans de telle mission ne laisse pas
indifférent et il est certain qu'au retour, la vision de beaucoup
choses de la vie courante est tout autre et que je ne peux que
relativiser les problèmes rencontrés en France. Si je peux certes
apporter un peu de mes compétences et de mon expérience dans le
cadre de ces missions humanitaires, je crois que je reçois beaucoup
plus en retour sur le plan humain. "
Mathieu Le Corre, ingénieur hydraulycien
" J'ai une trajectoire ancrée dans l'appui au développement dans
le secteur associatif. Après des études à l'ENSHMG (une école
d'ingénieurs située à Grenoble qui forme, entre autres, des ingénieurs
hydrauliciens) j'ai choisi de faire mon service national comme
objecteur de conscience, ce qui m'a permis de travailler pour
deux ONG françaises (le Gret et le GRDR) et une association de
coordination (le pS-Eau). A la suite de mon objection j'ai été
volontaire pour le Gret en Mauritanie, où j'ai participé à la
mise en place d'une base de données sur la ressource en eau du
pays. Après cela j'ai passé un peu plus de deux ans comme volontaire
pour Agua Para La Vida (une ONG francoétatsunienne) au Nicaragua,
j'étais chargé de l'enseignement dans leur école technique en
eau potable et d'assistance technique à l'équipe nicaraguayenne.
A mon retour du Nicaragua je cherchais à travailler en France,
pour un moment en tout cas, toujours dans le secteur de l'eau
et toujours dans le développement. J'ai été embauché par Aquassistance,
je fait partie de l'Equipe d'Animation Centrale de l'association.
Ma mission pour SOLIDARITES m'amenait à faire une expertise des
conditions de pérennité des projets en eau de SOLIDARITES, tant
que du point de vue de la ressource que de celui de la maintenance.
Une fois arrivé en Afghanistan, mes premières impressions furent
celles d'un pays qui sort juste d'une guerre : les hangars autour
de l'aéroport sont crevés par les bombes ; des militaires de plusieurs
nationalités s'affairent sur le tarmac ; on croise parfois sur
les routes les carcasses de blindés ; certains quartiers de Kaboul
ressemblent à Bam, en Iran, après le tremblement de terre... Puis,
en sortant de la ville, au fur et à mesure que l'on prend de l'altitude,
sur les routes au delà de Maidan Shar, ce sont des paysages d'une
grande beauté qui se succèdent et une vie paysanne immémoriale
qui semble suivre son cours, de village en pisé en village en
pisé, dans des champs de blé encore verts.
J'ai été très marqué par les maladies hydriques. Les statistiques
sont éloquentes, un quart des enfants meurt en Afghanistan avant
d'avoir eu 5 ans et cette mortalité est essentiellement due aux
diarrhées, liées à l'eau par excellence, et les infections respiratoires.
Cela n'est pas visible sur le terrain, ce qu'il l'est par contre,
ce sont les maladies de la peau liées à l'absence d'hygiène corporelle.
Cela est dû en partie aux mauvaises pratiques d'hygiène mais aussi
aux difficultés d'approvisionnement en eau que peuvent subir les
populations de la province.
Dans ce contexte, Aquassistance intervient, alors que SOLIDARITES,
s'inscrit dans la durée en Afghanistan, L'urgence est passée,
le pays se relève peu à peu et les temps d'intervention s'allongent.
SOLIDARITES souhaitait s'assurer que ses programmes d'accès à
l'eau étaient pérennes, tant du point de vue de la ressource hydrique
(le pays sort à peine d'une longue sécheresse) que du point de
vue organisationnel.
Nous avons donc cherché a connaître ce qui existait dans ce domaine
: les institutions qui pourraient régir le secteur, les ONG qui
travaillent depuis de longues années sur l'eau, les équipes de
SOLIDARITES travaillant sur ce sujet, mais aussi les solutions
techniques choisies et la qualité des réalisations. Cela nous
à conduit à visiter 111 points d'eau dont 59 réalisés par SOLIDARITES
sur l'ensemble des districts de la province de Bâmyân dans lesquels
SOLIDARITES a travaillé.
Nous avons eu parfois des difficultés de communication, nos accompagnateurs
n'étant pas toujours très à l'aise avec l'anglais. Dans ces conditions
il était difficile, par exemple, de savoir si une pompe avait
été réparée ou non depuis son installation… Une autre difficulté
est simplement liée au distances et à l'état des routes, nous
avons passé une partie importante de notre temps sur place en
déplacements d'une base de SOLIDARITES à une autre.
Je connais mal l'urgence, par contre, mon expérience dans le domaine
de l'eau hors situation de crise, me permet de conseiller SOLIDARITES
sur la phase qu'ils abordent maintenant.
La tranche d'eau captée par les puits que nous avons visité est
trop souvent faible, alors que vraisemblablement notre visite
a eu lieu en période de hautes eaux. Par ailleurs, les captages
de sources réalisées pourraient peut être être utilisés de manière
plus ambitieuse afin d'alimenter en eau plusieurs hameaux lorsque
cela est possible.
Cependant, un certain nombre des recommandations que nous faisons
étaient déjà en train d'émerger " d'elles mêmes " du terrain :
la sensibilisation à l'hygiène, la mise en place de comités d'eau,
l'accessibilité des pièces détachées, la formation d'artisans
réparateurs potentiellement en charge de plusieurs villages, etc.
Un exemple concret : la logistique de SOLIDARITES avait déjà entamé
une recherche de pompes d'épuisement pour pouvoir augmenter la
tranche d'eau captée sur les ouvrages en cours d'exécution.
Le paysage associatif en Afghanistan est un paysage post-crise,
les associations sont relativement nombreuses, elles sont surtout
des spécialistes de l'urgence, elles pallient aux défaillances
d'un état presque inexistant, au point parfois de le remplacer.
Elles sont tout à la fois pourvoyeur de fonds et d'emplois, institutions
de normalisation de fait, bureaux d'études et entreprises de BTP…
Ce n'est pas là une situation durable. Il faudra que les organisations
de solidarité internationale puissent modifier la forme de leur
engagement de manière a laisser la place aux institutions afghanes
(au sens le plus large).
C'est pour cela qu'il faut souligner l'intérêt que porte SOLIDARITES
au changement de cap de son activité en Afghanistan. Consciente
de l'importance d'approfondir et de pérenniser son travail dans
ce pays, l'organisation multiplie les évaluations et les missions
d'expertise. Une mission d'expertise sur le développement agricole
était en cours lors de notre passage, par exemple "
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Pierre Brunet, Chargé de communication
au siège à Paris, a effectué une mission de trois semaines en
Afghanistan. Il a pu, aux côtés des équipes de SOLIDARITES, mesurer
l'impact de l'action de l'association, et rencontrer les bénéficiaires
de celle-ci.
Said
Hamid Husseini, représentant du village de Sabzhill, au cœur des
montagnes de la région centrale du Hazaradjat, montre d'un geste
large à la fois le chantier et le village en contrebas, serré
au fond d'une vallée : " Avec le projet que nous terminons grâce
à SOLIDARITES, nous allons pour la première fois dans l'histoire
du village avoir de l'eau potable toute l'année ; avant, elle
gelait en hiver, et il ne nous restait plus que la neige, et en
été elle était souillée ! ". Les travailleurs, tous villageois,
approuvent sous le soleil qui les cuit sans pitié. Ils sont en
train de finir d'aménager la seule source disponible, afin de
la protéger du gel et de la pollution. Salim, le volontaire chargé
de superviser le projet, ajoute en prenant une photo pour le prochain
rapport : " quand les bénéficiaires sont les premiers à vouloir
que le chantier avance, comme ici, on sait tout de suite que l'impact
du programme sera très important ; d'ailleurs, depuis le début
du chantier, le village, qui comptait 60 familles, a vu 20 nouvelles
familles revenir, dont certaines étaient réfugiées en Iran ou
au Pakistan ". Permettre et accompagner le retour des centaines
de milliers d'Afghans dans les villages les plus isolés du centre
et du Nord de l'Afghanistan, c'est, après 20 années d'action ininterrompue,
souvent dans d'urgence, le défi actuel de SOLIDARITES. Car rien
n'est acquis, malgré la chute des Talebans et l'avènement du Gouvernement
de transition d'Amid Karzaï soutenu par la communauté internationale.
Les conditions de vie des Afghans restent extrêmement rudes et
précaires, et c'est aux humanitaires de " faire la différence
". La différence, pour les habitants des vallées enclavées du
Hazaradjat ou du Nord, c'est que, grâce aux routes construites
par SOLIDARITES, comme au col de Pasroya ou dans
les districts de Yakawalang, de Saighan, de Dar-I-Suf, Charkent,
Keshende, Sholgara ou Roy-Doab, les camions Kamaz tout terrain
peuvent passer toute l'année, apportant l'aide et la vie. Et quand
les neiges menacent de bloquer l'accès au plus dur de l'hiver,
SOLIDARITES, comme pendant l'hiver 2002-2003, mobilise des centaines
de travailleurs journaliers et des camions bulldozers pour maintenir
les routes ouvertes. Il suffit d'écouter le récit d'un habitant
de Yakawolang ou de la plaine de Shaman qui vous explique que
" avant les gens étaient bloqués, sans soins, sans approvisionnement,
tout l'hiver ; certains essayaient de passer les cols à pieds,
mais le froid et les loups les tuaient " pour comprendre que plus
rien ne sera comme avant pour ces familles. Les familles des villages
de Jaro Khashan, dans le Hazardjat, ou de Moshak, dans le district
de Dar-I-Suf au Nord du Pays, peuvent également témoigner. Même
si les habitants du premier sont Hazaras, et ceux du second Ouzbèkes,
c'est la même histoire qu'ils racontent : le passage des Talebans,
les maisons de pisé brûlées et détruites, le bétail abattu.. La
fuite des villageois à Kaboul, en Iran ou au Pakistan. Quelques
hommes qui restent courageusement sur les hauteurs pour veiller
sur les ruines… Et puis, un jour, une équipe de SOLIDARITES qui
prend contact et annonce que l'association s'engage à fournir
aux habitants le matériel nécessaire à la reconstruction des maisons.
La nouvelle rejoint vite, au-delà des frontières, les camps de
réfugiés, et les chefs de famille reviennent pour s'inscrire sur
la liste des bénéficiaires. Chacun d'eux reçoit une porte, des
poutres, des fenêtres, des outils, un sac de haricots, du sucre,
de l'huile et 50 dollars pour redémarrer. Aujourd'hui, 40 familles
vivent sous leur toit à Jaro Kashan, et 46 à Moshak. Comme le
résume Said Muhammad, représentant de Jaro Kashan : " sans ce
projet, nous n'aurions jamais pu revenir, reconstruire seuls les
maisons et reprendre une activité ; les gens sont tout simplement
trop pauvres ". Pour une population à 85 % paysanne, et lourdement
endettée par quatre années consécutives de sécheresse, la seule
richesse, c'est la terre, qui fournit le blé, et le bétail (vaches,
moutons, chèvres). Alors, quand on ouvre les routes et que l'on
reconstruit les maisons, on doit aussi, parallèlement, optimiser
l'irrigation des terres en construisant des canaux, des barrages,
des aménagements de cours d'eau, et des réservoirs. C'est ce que
fait SOLIDARITES au centre et au Nord du pays. Car revenir chez
soi n'est rien si on n'a pas les moyens d'y faire vivre sa famille.
C'est cette capacité que Sylvain, agronome de SOLIDARITES à Bamyan,
dans le Hazaradjat, cherche à développer avec une équipe afghane
motivée et compétente : " grâce à nos fermes de reproduction animalière,
nos équipes itinérantes de vétérinaires, nos cours de formation
aux éleveurs et paysans, nos distributions de semences améliorées
de blé, c'est l'autosuffisance alimentaire à long terme, ce sont
les réserves des prochains hivers que nous construisons ". C'est
aussi une action humanitaire engagée il y plus de 20 ans qui continue…
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Paroles et citations
de l'équipe terrain recueillis en juillet 2003
Pour mener à bien l'ensemble de ses programmes, la mission
de SOLIDARITES en Afghanistan compte 22 volontaires et près
de 400 employés et cadres afghans. Ils témoignent ici :
-
Muhammad Sharif,
superviseur sur la base de Dar-I-Suf, dans le Nord :
" Un programme qui ne touche pas les vrais bénéficiaires
est un programme qui ne sert à rien. Les programmes de distribution
d'urgence de nourriture menés en 2001,tout comme les reconstructions
de maisons, ont un impact vital pour les gens ".
- Mechti Belahouel,
ancien responsable terrain à Mazar-I-Sharif, dans le Nord
: " SOLIDARITES a une grande expertise en Afghanistan. Le
travail effectué par l'association est très professionnel,
avec des gens formés et diplômés. Il y a encore énormément
de choses à faire. Ce serait dommage qu'aujourd'hui on ne
fasse pas l'effort. Les Afghans le méritent et ils ont besoin
de nous. Il faut soutenir le travail des ONG "
-
Benoit Sourisseau,
agronome à Roy-Doab, dans le Nord : " Ici, les gens
vivent d'une agriculture de montagne qui dépend totalement
de la pluie. C'est une culture très exigeante. Nous n'avons
pas le droit à l'erreur, et notre marge de manœuvre pour
améliorer les choses est faible, mais déterminante ".
-Niaz Muhammad
, superviseur sur la base de Saighan, dans le Hazaradjat
: " la priorité de l'action humanitaire ici, c'est les routes
et l'irrigation ; c'est le sang qui circule dans les veines
".
-
Benito Belloti, ancien
logisticien de la base de Bamyan, dans le Hazaradjat
: " Les conditions météo, en Hiver, sont un cauchemar logistique.
Il faut parfois gérer les déplacements de 60 véhicules sur
des pistes dangereuses et, quoii qu'il arrive, permettre
aux programmes de continuer à tourner ".
- Hamidullah
Saighani, superviseur sur la base de Yakawolang,
dans le Hazaradjat : " SOLIDARITES a été là aux mauvais
jours, et les gens s'en souviennent.
- Mélanie Varmusson,
ancienne coordinatrice régionale de la base de Mazar-I-Sharif,
dans le Nord : " La gestion de la sécurité des équipes
est un paramètre important et permanent. Il faut à la fois
dédramatiser, et responsabiliser. En résumé, ça fait partie
du job ".
- Muhammad
Mazari, responsable de la ferme animale de SOLIDARITES
à Bamyan, dans le Hazaradjat : " Le programme mené depuis
cinq ans a permis d'améliorer la production animale de 50
% .Les veaux qui sont nés grâce à notre ferme sont les meilleurs
de la région ".
- Bruno Marquès,
ancien chef de mission à Kaboul : " le principe d'action
est d'abord d'accéder aux populations vulnérables, puis
d'articuler l'ensemble des programmes à leurs besoins. A
population rurale, besoins ruraux. L'idée est, aujourd'hui,
de permettre à ces populations d'accéder au développement
".
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