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Philippe
Hamel, Chef de Mission en Afghanistan.
1. Philippe, quelle est
ta formation et ton parcours professionnel ?
J'ai
tout d'abord effectué un DEA d'économie tout en menant en parallèle mon
Service Civil dans le Développement Urbain et Social. J'ai ensuite décidé
de reprendre des études de français langues étrangères dans le but de
faire un stage à l'étranger. Peu de temps après, je suis parti un an en
Inde avec l'Alliance Française en tant que professeur de français, puis
de nouveau j'ai enseigné dans une université en Chine, et cinq mois au
Mexique.
Ces expériences sont venues conforter mon désir de m'engager dans l'humanitaire.
Je suis donc parti à nouveau, cette fois-ci pour Enfants du Monde Droits
de l'Homme en tant que responsable d'un projet de développement éducatif
pendant 13 mois.
C'est en 2001 que j'ai décidé de partir pour SOLIDARITES au Burundi à
Muramvya en tant que Coordinateur de base pour 10 mois. En 2003, j'ai
été Coordinateur de Programme pour Action Contre la Faim à Kaboul.
2. Depuis combien de
temps as-tu rejoins SOLIDARITES en tant que chef de Mission en Afghanistan
?
Je suis arrivé en Afghanistan
pour SOLIDARITES en mars 2004 et ce pour une durée de 14 mois environ.
3. La situation en Afghanistan
est dans une phase de transition. Peux-tu nous dire quels en sont les
enjeux pour SOLIDARITES ?
Pour SOLIDARITES, le but
est désormais d'accompagner cette évolution vers une réelle phase de développement,
c'est à dire vers un passage à la réhabilitation tout en conservant notre
capacité opérationnelle d'urgence.
En terme d'action, nous cherchons à accompagner cette transition en menant
des programmes de plus long terme. Notre objectif sera ainsi d'être passé
d'une période de crise chronique et donc de grande vulnérabilité à une
période de reconstruction. C'est le cas par exemple à Bamyan : notre programme
mené durant trois années vient de se terminer mais nous avons choisi de
le poursuivre encore un an et demi de plus.
A terme, nous souhaitons que nos programmes puissent être repris par la
suite par les autorités locales, les populations elles-mêmes... afin qu'ils
aboutissent sur un vrai développement.
4. En terme de programmes
pour SOLIDARITES sur 2005 et plus, quels sont les axes d'intervention
prioritaires ?
On peut établir deux grands
axes d'intervention prioritaires :
-
D'une part, au centre du pays sur Bamyan, Yakawlang et Saighan, des régions
montagnardes isolées et difficiles d'accès SOLIDARITES interviendra au
travers de programmes agricoles et de sécurité alimentaire. Ces programmes
se traduiront par l'amélioration des systèmes fermiers existants, la diversification
des productions, l'amélioration des pratiques techniques mais également
le support à de petites entreprises rurales, le renforcement des capacités
des institutions locales et des fermiers relais. Sur Yakawlang, nous conduiront
également des programmes de support au développement rural. L'objectif
est ainsi de renforcer la sécurité alimentaire pour un minimum de 2 600
familles.
- D'autre part, sur Bamyan, Yakawlang, Roy-Doab et Kaboul, SOLIDARITES
mènera des programmes en eau et assainissement au travers de la construction
de puits, de latrines et de promotion à l'hygiène afin d'apporter l'eau
potable à 31.343 personnes. - Parallèlement, vont être lancées des évaluations
au Sud de l'Afghanistan afin de venir en aide aux populations dans des
situations d'urgence humanitaire mais pour lesquelles SOLIDARITES n'a
pu intervenir en raison de l'insécurité majeure de ces zones.
5. L'accès à l'eau est
une priorité humanitaire en Afghanistan, nos programmes dans ce domaine
vont-ils impliquer de plus en plus d'expertise technique ?
Oui. Nous avons déjà un partenariat
avec Aquassistance qui a mené une première étude en mai 2004 sur Bamyan
et doit revenir en février 2005 pour une nouvelle étude. Le but de cette
expertise technique est d'avoir une meilleure connaissance de la nappe
phréatique à des époques de l'année différentes. Sur Kaboul, une réhabilitation
du réseau d'eau est prévue à partir d'avril 2005 et une nouvelle expertise
sera nécessaire. Nous espérons pouvoir la mener de nouveau avec Aquassistance.
6. Et en terme de logistique,
l'organisation de la mission va-t-elle devoir s'adapter ?
Certes sur Kaboul, le démarrage
du programme de réhabilitation du réseau nécessitera une nouvelle logistique.
Mais plus généralement, SOLIDARITES étant présente en Afghanistan depuis
déjà plus de 20 ans, nous avons acquis une grande expérience dans le domaine
de l'eau et de l'assainissement qui ne nous amènera pas à modifier toute
la logistique existante.
7. La question sécuritaire
reste-t-elle un paramètre déterminant pour l'organisation de notre action
en Afghanistan ?
Oui, car l'insécurité détermine
pour une part les zones où SOLIDARITES intervient. Ainsi, dans le Sud
et le Sud-Est, SOLIDARITES n'intervient pour l'instant pas en raison de
risques majeurs.
Sur Yakawlang et Bamyan, il existe toujours un risque potentiel qui varie
selon les périodes et les évènements politiques. A ce titre, nous suivrons
de très près les élections législatives qui doivent se tenir en avril
2005. Nous nous attendons à une éventuelle reprise des violences dans
le pays notamment entre les différents chefs de guerre locaux. Il est
ainsi probable que comme nous l'avions fait lors des élections présidentielles,
nous mettions en place des mesures spécifiques.
8. Depuis le début de
ta mission en Afghanistan, qu'est-ce qui t'a le plus marqué ?
....Question difficile,
tant il y a de souvenirs et d'anecdotes que je pourrai évoquer. Le sens
de l'accueil des Afghans reste toutefois pour moi, une valeur exceptionnelle.
Dès mon arrivée, cette hospitalité m'a profondément marqué. Que ce soit
des repas pris au hasard des journées dans une famille ou encore, l'accueil
que réserve les Afghans à notre travail, leur manière tenace de s'investir
et de participer à nos programmes, ce sens de l'accueil sous ses différents
visages est toujours très présent.
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