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Entretien
avec François Boher
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François Boher, 33 ans, ancien hydraulicien à Bamyan, dans le Hazaradjat. Propos recueillis sur le terrain par Pierre Brunet en juillet 2003. Peux-tu nous parler de tes expériences dans l'humanitaire et de ta rencontre avec Solidarités Après des études supérieures en agronomie tropicale, physio-zootechnie et hydrologie, je suis parti en mission humanitaire en Guinée Conacry puis à Madagascar et en Guyane française. J'ai alors rencontré sur le terrain des anciens volontaires de Solidarités qui m'ont donné envie de m'engager pour cette association. Après plusieurs entretiens avec le service des ressources humaines, on m'a proposé l'Afghanistan en mai 2003. Je suis alors parti pour Bamyan, où je suis actuellement responsable des volets " accès à l'eau potable et irrigation ". Ces programmes sont menés en partenariat avec l'Office d'Aide Humanitaire de l'Union Européenne (ECHO) et le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR). Explique nous concrètement tes actions de terrain… Mon rôle consiste à permettre l'accès à l'eau potable aux villageois, ce qui veut dire creuser des puits ou encore réaliser des captages et des aménagements de sources. Ainsi que permettre l'accès à l'irrigation, pour l'agriculture notamment. Je supervise donc des réhabilitations de canaux de surface et de sources, des barrages et des bassins de retenue ainsi que des réservoirs d'eau de pluie (des " Kandas ") issue de ruissellement. As-tu rencontré quelques difficultés pour mettre cela en oeuvre… ? Peu. La principale difficulté est causée par la terre souvent alluvionnaire, cela signifie qu'elle ne permet pas d'asseoir les barrages sur un sol imperméable. Quelles sont les familles bénéficiaires de ces projets ? Des familles de villageois dans tous les cas, et des personnes vulnérables, souvent des " retournées " anciennement déplacées ou réfugiées. Au sein des villages, on sélectionne les familles les plus vulnérables, qui travaillent avec nous sur le ou les chantiers, et reçoivent une rémunération pour le travail effectué. Il y a donc l'ensemble des villages qui bénéficie de l'impact du projet, et les familles les plus vulnérables qui bénéficient immédiatement, le temps du chantier, d'un revenu pour l'aide apportée à l'action humanitaire… Comment de telles actions se mettent en place ? En concertation avec les représentants de village. La principale question que je me pose est " Le projet est-il important pour les gens ? ".Et pour aboutir à une réponse, l'implication des bénéficiaires est indispensable. En fait, on se rend compte, dès le début de la réalisation du projet, de son impact ; si c'est très important, les gens sont impliqués à 100 %. De même, en payant les travailleurs 1 $ au lieu des 2 $ habituels, on voit tout de suite si les gens sont impliqués. Par ailleurs, l'aspect technique du projet est secondaire, c'est à dire qu'on ne choisit pas forcément le plus intéressant techniquement, mais le plus nécessaire. Quel est le temps moyen de réalisation d'un projet ? 40 jours. Combien d'Afghans travaillent sur un projet ? Leur nombre varie, de 10 pour un puits, à 150 pour un canal d'irrigation de 800 mètres… Quel est le souvenir le plus marquant de ta mission ? Un vieux chef de village de 70 ans, ancien commandeur d'une vallée, qui s'est battu contre les soviétiques, puis les Taleban, et qui " se bat " aujourd'hui pour un canal d'irrigation qui va changer la vie de son village…
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