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Guillaume Woehling, Responsable Géographique
Afghanistan, s'est rendu sur notre mission dans ce Pays du 20 mai au 12
juin 2003. Il nous livre son analyse sur la situation.
- Quel parcours géographique as-tu effectué
?
J'ai atterri à Kaboul. Puis je me suis rendu à Mazar-I-Sharif, dans le
Nord, et sur la sous-base de Dar-I-Suf. Retour ensuite à Kaboul et départ
pour Bamyan dans la Hazaradjat au centre et la sous-base de Saighan. Et
retour final à Kaboul.
- Quelle est la situation humanitaire
?
On
est, globalement, sorti de l'urgence, hormis quelques poches isolées.
Depuis 2001 jusqu'à aujourd'hui, nous sommes financés en grande partie
pour répondre à cette urgence : programmes de " Food for Work, Cash for
work " (nourriture ou argent contre travail), programmes de reconstruction
d'urgence, de désenclavement routier, d'accès à l'eau… Aujourd'hui, le
travail à faire est de développer les programmes de soutien aux communautés
villageoises, de réhabilitation rurale, de sécurité alimentaire. Mais
ce que nous avons fait, et ce que nous allons faire, s'inscrit de manière
cohérente dans une logique d'aide au retour des déplacés et des réfugiés
sur leurs zones de retour. Une observation très importante : quand je
dis qu'on est globalement sorti de l'urgence et qu'on entre dans la phase
de reconstruction, je parle des zones où nous travaillons, c'est-à dire
de la moitié Nord du Pays. Dans le Sud, il y a toujours de l'urgence à
couvrir, mais les conditions de sécurité ne nous permettent pas, aujourd'hui,
d'y travailler. Il y a donc, en Afghanistan, un véritable déséquilibre,
dangereux sur le plan humanitaire comme sur le plan politique…
- Alors, justement, quelle est la situation
politique ?
Le Gouvernement d'Hamid KarzaÏ éprouve de
grandes difficultés à asseoir son pouvoir en dehors de la zone de Kaboul,
ce qui affaiblit sa légitimité. Pour renforcer celle-ci, la communauté
internationale fait passer de plus en plus le financement de l'aide par
le Gouvernement Afghan, et de moins en moins par les ONG, mais les structures
gouvernementales sont encore elles-mêmes en reconstruction. Sur le plan
sécuritaire, le problème du non- accès au Sud du pays en terme humanitaires,
et le renforcement des réseaux d'anciens Taleban, alliés à des mouvances
fondamentalistes exogènes, est préoccupant. A cet égard, l'attentat suicide
du 7 juin dernier contre les soldats de l'ISAF à Kaboul est emblématique,
car l'attentat suicide n'est pas dans la culture afghane, et le précédent
était celui contre le Commandant Massoud le 9 septembre 2001 ! Actuellement,
les incidents sont de plus en plus réguliers, et la communauté internationale,
dans son ensemble, est de plus en plus visée. A cela s'ajoute le problème
grandissant de la culture du Pavot, qui se pose, non seulement en termes
sécuritaires, mais aussi alimentaires…Car qui dit plus de pavot, dit moins
de blé, et peut-être faudra-t'il, à terme, reprendre des programmes de
" food for work ". Sans parler des jeunes afghans qui se droguent de plus
en plus.
- Quelles
sont les contraintes et les difficultés que doit assumer l'équipe de SOLIDARITES
sur le terrain ?
Je
dirais les conditions de vie d'une manière générale, et notamment l'isolement,
les difficultés logistiques : pour faire Kaboul - Bamyan, il faut deux
jours en hiver, et huit heures en été ! Dans ces conditions, le parc de
véhicules souffre énormément ! La sécurité, qui est une contrainte de
chaque instant, une tension latente, et qui oblige parfois à fermer un
chantier, ou qui rend une zone inaccessible pour quelques jours. La culture
du pavot, encore une fois, car de plus en plus d'Afghans préfèrent aller
cultiver le pavot que travailler pour quelques dollars par jour à un chantier
de creusement de routes, par exemple… Egalement, il est de plus en plus
difficile de recruter et de garder des cadres et des ingénieurs afghans,
dans un contexte où beaucoup d'organisations internationales disposant
de moyens financiers se sont installés depuis deux ans. Enfin, le lent
mais constant désengagement de la communauté internationale sur l'Afghanistan,
et la position d'otages des enjeux locaux de pouvoir, dans laquelle se
retrouvent bien souvent les ONG.
- Quels sont
les enjeux et les priorités dans lesquels s'inscrit notre action en Afghanistan
?
Sur le plan humanitaire et sécuritaire,
l'accès au Sud du pays est un véritable enjeu, qui stabilisera l'Afghanistan.
La question de la sécurité est la clé de l'avenir, car il faut la sécurité
pour pouvoir entamer la véritable reconstruction du pays. Les élections
de 2004, à cet égard, seront très importantes, et de leur résultat dépend
le contexte qui nous permettra, ou non, d'agir à la hauteur des besoins.
Les priorités pour SOLIDARITES en Afghanistan sont de continuer nos programmes
d'assistance aux réfugiés et déplacés sur leurs zones de retour. De pouvoir
rester réactifs sur d'autres zones, dans la continuité de celles où nous
travaillons, comme par exemple la zone de Penjao / Waras, au Sud du Hazaradjat.
De réfléchir à des programmes de soutien à long terme dans les domaines
de l'eau et de l'agriculture. Et enfin de maintenir une équipe bien dimensionnée
à sa tache, et qui soit une " force de proposition " pour répondre aux
besoins de façon pertinente.
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