
"Terre et Cendres"
Note
sur les personnages
Le triangle principal des personnages est formé par Dastaguir,
son fils Mourad et son petit-fils Yassin.
Dastaguir représente l’Afghanistan dans sa tradition,
sa morale et ses codes d’honneur, il est le passé.
Il est accompagné par Yassin, l’avenir de l’Afghanistan,
un avenir handicapé par la guerre.
Entre les deux, Mourad qui représente dans le film la
génération actuelle. Une génération
qui est la mienne, trahie par les enjeux politiques. C’est
pour cela qu’il est quasi absent, on voit rarement son visage.
Revenons à Dastaguir : c’est un paysan, un caractère
brut et solide dont le mental est fragilisé, détruit,
par la guerre qu’il ne comprend pas. Il construit une image
héroïque de son fils, ce qui compte pour lui est la
fierté et l’honneur dont la famille et la femme sont
le ciment. Il souffre plus de la nudité de sa bru que de
son suicide dans les flammes. Son silence traduit sa pudeur, il
lui est difficile de parler de cette nudité qui le ronge,
du drame du village détruit. Son angoisse atteint des apothéoses,
il ne veut pas affronter ce fils qu’il croit vengeur, qui
pourrait devenir fou, qu’il pourrait perdre, lui aussi.
Yassin a cinq ans avec la vivacité des enfants de cet
age. Une vivacité perturbée par le drame et l’horreur
de la guerre. Il ne se rend pas compte qu’il est devenu
sourd, il croit que c’est le monde qui est devenu muet.
Pour lui la guerre n’a que cette fonction, faire taire le
monde et disparaître les bruits. Du début du film
jusqu'à ce qu’on devine sa surdité, ses gestes,
ses actes et son comportement dérangent. Son traumatisme
ne se traduit pas par la dépression mais par une agitation
et une curiosité exacerbée. Son obsession est de
trouver une personne ou une chose qui n’aurait pas été
rendue muette par la guerre.
Mirza Qadir est un personnage issu de la tradition soufie afghane.
La sagesse, la distance et le recul caractérisent sa sérénité,
sa philosophie et sa poésie. Il parle juste. Ses mots sont
mesurés, il n’hésite pas, ne doute pas, il
n’est pas attaché au matériel, il peut reprendre
une nouvelle vie si les circonstances l’imposent. Sa philosophie
du détachement lui permet de fuir le monde tout en ouvrant
son cœur aux opprimés, il est généreux
mais sévère avec l’injustice. C’est
un guide, il montre le chemin à Dastaguir. Une de ses armes
est l’humour noir. Il est le personnage de sa propre peinture
miniature, un tableau organisé comme son échoppe.
Le gardien de la guérite est mal luné, pourquoi
? On ne le saura jamais. Il n’est pas généreux,
il s’isole, le seul attachement perceptible est dévoué
à cette femme voilée et sa fille, assises à
l’ombre d’un tank renversé. C’est à
la fin du film que chacun se fera une interprétation de
son histoire.
Tous ces personnages seront interprétés par des
gens qui ont vécu les horreurs de la guerre et qui n’ont
plus besoin d’imaginer ou de jouer un rôle. Cela donnera
au film un aspect néoréaliste ancré dans
la vérité d’un pays meurtri, détruit
par vingt-trois ans de guerre.
Synopsis | Note
d'intention du réalisateur | Note
sur les personnages
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